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Le paradoxe du mouvement altermondialiste
par Michel Wieviorka
Professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS),
Directeur du centre d'analyse et d'intervention sociologiques (CADIS - Paris)
Le mouvement «altermondialiste» forme une nébuleuse dont les contours sont relativement vagues, et ont beaucoup changé depuis les premières luttes antimondialisation. Son point de départ est lui-même matière à débat. Faut-il en effet considérer que le mouvement est né au Mexique, à l'été 1996, à l'appel des néozapatistes du Chiapas pour un combat planétaire contre la mondialisation néolibérale? Ou bien en France, avec la grève de novembre-décembre 1995, souvent présentée par ses acteurs eux-mêmes et les intellectuels l'ayant soutenue comme une mobilisation, là encore, contre la mondialisation néolibérale? Ne faut-il pas reconnaître plutôt que la naissance du mouvement doit tout à la création d'Attac, et à ses luttes pour l'application de la taxe Tobin ? A moins encore que l'on considère que le véritable démarrage est donné par la manifestation spectaculaire de Seattle, en 1999, à l'occasion d'un sommet de l'OMC qu'il s'agissait de contester, là encore, pour son néolibéralisme...
Le choix d'un moment fondateur plutôt qu'un autre n'est pas neutre, car chacune des luttes qui viennent d'être évoquées a eu sa spécificité, ses acteurs propres, ses enjeux, ses adversaires. De plus, bien des campagnes qui s'apparentent au mouvement ( par exemple contre une forme ou une autre de pollution, contre la déforestation sauvage, pour une cause humanitaire précise), bien des organisations, comme Greenpeace ou Amnesty International, obligent à considérer que l'histoire de l'action altermondialiste a peut-être une épaisseur supérieure aux quelques années qui nous séparent du milieu des années nonante.
Mais s'il est difficile de dater la naissance du mouvement, s'il faut admettre aussi que l'espace de ses mobilisations est à géométrie variable, puisqu'il peut être défini de façon très large, ou plus ou moins étroite, ne peut-on pas tenter d'en penser l'unité en examinant l'image qu'il a lui-même de son combat et, plus précisément, de ses adversaires ? La question est d'autant plus intéressante que le mouvement est jeune, si jeune même que l'appellation de «nouveaux mouvements sociaux», lancée par Alain Touraine au milieu des années septante, est pour lui quelque peu inadaptée, car déjà désuète.
La réponse à une telle question ne peut être objective, au sens où l'on pourrait définir, en dehors de la subjectivité des acteurs eux-mêmes, un ou des adversaires qui seraient incontestablement les siens. Elle ne peut que reposer sur les représentations que les acteurs construisent pour dire à qui ils s'opposent, elle ne peut être que fortement subjective. Un mouvement plus ancien, mieux installé, institutionnalisé, pourrait permettre d'envisager de rapprocher une perspective objective et un point de vue subjectif, de nommer un ou des adversaires difficilement contestables. Par exemple, il est possible, maintenant qu'il est entré dans sa phase de déclin historique, de dire du mouvement ouvrier qu'il a pendant plus d'un siècle contesté les maîtres du travail, ceux qui, dans les usines, les ateliers, organisaient la production et privaient les ouvriers de leur capacité de contrôle sur les fruits de leur action . Mais nous manquons singulièrement de recul s'il s'agit du tout jeune mouvement qui se désigne depuis peu comme « altermondialiste », alors qu'il y a quelques années à peine, il fallait parler de combat «antimondialisation».
Ce qui frappe, lorsque l'on écoute les acteurs de ce mouvement, est non seulement l'hétérogénéité de ses luttes, mais, au-delà, la diversité de ses orientations, et donc des définitions qu'il propose de ses adversaires. Et comme nous allons voir, derrière cette diversité se niche un étonnant paradoxe.
Contre les maîtres de l'économie
Dans certains cas, le mouvement est avant tout dominé par la dénonciation de ceux qui pilotent l'économie et contrôlent les marchés à l'échelle de la planète ou de certaines parties du monde. Les uns s'en prennent alors aux acteurs privés du capitalisme, surtout financier, et disent s'opposer en priorité aux firmes et aux puissances boursières et financières, aux entreprises multinationales, qui font passer leurs intérêts avant ceux des populations, qui sont indifférentes aux inégalités qu'elles renforceraient et à la dégradation de l'environnement à laquelle elles contribueraient. Il n'y a ici pas grand-chose de neuf par rapport aux contestations anticapitalistes des années soixante et soixante-dix, sinon que la contestation ne peut s'exercer comme hier au nom d'une figure sociale comparable au prolétariat ouvrier, dont l'émancipation devait libérer l'humanité entière de ses chaînes.
D'autres dénoncent plutôt les institutions internationales jouant un rôle économique. Avec le plus souvent pour attitude de considérer que le FMI, la Banque mondiale ou l'OMC sont nécessairement au service de l'oppression, de la domination, de l'exclusion sociale ou de la dégradation de l'environnement, quoi que fassent les organisations de ce type. Dans cette perspective, il faut attaquer ces institutions pour les affaiblir, en les dénonçant et en montrant le caractère immanquablement néfaste de leur pouvoir. Il est en effet plus rare de voir les acteurs se demander plutôt comment mieux réguler l'économie, mieux organiser les marchés, mieux contrôler les flux financiers, commerciaux, comment améliorer les institutions concernées. Celles-ci, dans l'ensemble, sont plutôt des ennemis, vite réduits aux images du mal ou du malheur.
La définition de l'adversaire - et mieux vaut donc parler ici d'ennemi - se complique, ici, dans la mesure où certains s'efforcent de désigner des acteurs relativement précis, des entreprises, des organisations internationales, tandis que d'autres s'en prennent plutôt au système d'ensemble que constituent de tels acteurs, qui finalement assureraient le fonctionnement de l'économie-monde, selon l'expression d'Immanuel Wallerstein, pour qui les luttes en question méritent d'être qualifiées d'«antisystémiques».
Contre l'impérialisme américain
Pour des pans entiers du mouvement, l'adversaire - et là encore, mieux vaut parler d'ennemi - n'est pas politiquement ou géopolitiquement indéterminé, il est localisé, en un lieu bien précis : les Etats-Unis. Il n'est, dès lors, pas tant, ou pas seulement, un pouvoir économique fait des acteurs évoqués plus haut, et qui peuvent intervenir depuis n'importe quelle partie du monde, il est l'incarnation d'une domination impérialiste, ou hégémonique, à la fois économique, politique et culturelle. Les Etats-Unis sont une puissance dont il faut dès lors contester non seulement la domination économique, mais aussi ou bien le fonctionnement impérial, avec des régimes vassaux et des tentatives d'élargir l'espace de son pouvoir, ou bien la volonté d'hégémonie, qui consiste à imposer au monde entier sa volonté, y compris par la force. Les tensions ayant annoncé la guerre en Irak, puis la guerre elle-même ont à l'évidence conforté ces tendances au sein du mouvement, qui a semblé alors être bien plus pacifiste qu'altermondialiste, et bien plus antiaméricain, les Etats-Unis apparaissant alors comme l'ennemi, que capable de définir des adversaires proprement sociaux, économiques ou culturels. Là non plus, il n'y a rien de bien neuf, et on peut même se demander si de telles tendances ne sont pas un «remake» d'orientations que portaient, dans le passé, divers mouvements d'inspiration communiste ou gauchiste.
Le nouveau sel de la terre
Dans certains cas, la contestation prend un tour beaucoup plus inquiétant, non pas tant dénonciateur, hypercritique, ou assez classiquement anticapitaliste ou anti-impérialiste, mais centré sur la défense d'une culture, et en particulier d'une identité nationale. Les mouvements nationalistes, dans bien des pays, sont vite antimondialistes, appellent à une société fermée et à une nation souveraine. Or la frontière entre un antimondialisme de fermeture et un altermondialisme soucieux d'inventer un autre monde n'est pas toujours bien nette, surtout lorsque l'altermondialisme est avant tout lui-même porté par la haine des Etats-Unis, et qu'il s'avère capable de critiquer, mais pas d'inventer, de proposer, de négocier.
Pourtant, si l'on veut considérer le mouvement dans ce qu'il a de plus novateur et de plus constructif, on constate qu'il se dirige vers de tout autres définitions de son opposition. En affirmant qu'«un autre monde est possible», en s'efforçant de contribuer à l'invention de nouveaux rapports sociaux, politiques ou interculturels, il s'en prend en effet à ceux qui retardent ou empêchent la naissance de cet autre monde. Il demande notamment un réenchantement de la politique, à tous les niveaux, international, régional, national, local, il plaide pour une réinvention de la politique, dans un monde où le déficit est en la matière devenu criant. Il met en cause l'arrogance des élites, non pas pour les détruire, mais pour les obliger à mieux considérer les effets de leur action ; il critique les institutions internationales, non pas pour qu'elles disparaissent, mais pour qu'elles jouent un véritable rôle de régulation, et sans que ce soit au service des intérêts des plus puissants ; il exerce une pression sur certains Etats pour qu'ils soient non pas moins, mais plus et mieux actifs. Ici, le mouvement se définit non pas tant par son opposition à tel ou tel pouvoir, que par son souci de voir apparaître, se développer ou se renforcer des acteurs face auxquels il peut ou pourrait ensuite entrer en conflit.
Dans sa phase actuelle, le mouvement altermondialiste, dans ce qu'il a de meilleur, mais aussi de très minoritaire, il faut en avoir conscience, est un agent de modernisation, d'invention de nouveaux champs d'action, au sein desquels il pourra, demain, entrer dans des conflits eux-mêmes renouvelés.
Ainsi se dessine le paradoxe que nous avons annoncé. Les tendances les plus critiques du mouvement sont en quête non pas tant d'adversaires que d'ennemis ; les tendances les plus modernisatrices s'efforcent non pas tant de lutter contre un adversaire, que d'imposer de nouveaux débats, la mise en place de plus de démocratie. Le paradoxe de l'action altermondialiste réside dans le fait qu'elle est sous tension, tiraillée par des logiques dont les unes jouent en deçà et les autres au delà de toute opposition à des adversaires clairement identifiables. Ou bien elle est tentée par des attitudes hypercritiques, néogauchistes, néocommunistes qui en font une force de refus, mais pas d'invention d'un autre monde ; ou bien elle invente, effectivement, cet autre monde, mais sans se doter alors véritablement d'adversaires clairement identifiés, et en exerçant plutôt une pression modernisatrice. Ceci est le propre des mouvements naissants, qui cherchent encore leur voie et leur principe d'opposition.
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Syndicats et clause sociale
par Fabien Habimana
Service Projets de l'ONG Solidarité mondiale
Il y a quelques années, l'économie mondiale en expansion et la concurrence internationale avaient suscité beaucoup d'espoirs en matière d'amélioration de la production, de la qualité des biens et des services, du marché de l'emploi, du pouvoir d'achat des salaires et de la solidarité Nord-Sud. Contrairement à ces projections optimistes, l'émergence d'un marché mondial sans frontières a accentué les disparités économiques et sociales dans de nombreux pays - et entre les pays - et a créé un sentiment d'insécurité économique et sociale durable. Ces disparités augmentent les tensions entre ceux qui se sentent exclus et ceux qui tirent des fruits de la croissance économique.
La question de trouver de nouvelles manières de réglementer les capitaux internationaux dans le cadre du commerce international à cette ère de la mondialisation fait l'objet de débats entre partenaires sociaux (travailleurs, employeurs et gouvernements) et au sein d'autres organisations de la société civile aussi bien au Nord qu'au Sud.
Les organisations syndicales internationales des travailleurs, au-delà de leurs divergences classiques surtout idéologiques, semblent avoir réuni leurs forces pour défendre une position commune à ce sujet. L'introduction des clauses sociales dans les accords commerciaux internationaux leur paraît incontournable, pour donner aujourd'hui un visage humain au commerce international et à la mondialisation. Il s'agit des dispositions sociales de valeur juridique (obligatoires) s'appliquant à des activités économiques ou technologiques encadrées par des accords internationaux. Elles se réfèrent à des conventions internationales existantes de portée universelle telles que les conventions internationales du travail, la déclaration universelle des droits de l'homme, le pacte des droits économiques et sociaux, les conventions relatives au climat, à la biodiversité, à la gestion durable des forêts,...
Il est bien entendu évident que cette clause sociale est loin de faire l'unanimité entre les différents partenaires sociaux.
Pour les Etats membres de l'Organisation de Coopération et de Développement économique (OCDE) et les Organisations patronales du Nord, l'introduction dans la législation commerciale internationale des clauses permettrait aux Etats et aux firmes offrant aux travailleurs un niveau de protection sociale appréciable, de se protéger (surtout par des mesures tarifaires et non tarifaires) de la concurrence dite déloyale d'autres pays et entreprises qui exploitent leurs travailleurs de manière éhontée. Cela permettrait également d'arrêter la surenchère aux délocalisations, là où les coûts salariaux et sociaux sont bas.
Ces partenaires sociaux reprochent aux opposants à la clause sociale de chercher à améliorer la compétitivité en maintenant des conditions de travail inférieures aux normes et en bafouant les droits des travailleurs.
Les gouvernements et les employeurs, en majorité dans les pays du Sud, ne sont pas du tout du même avis. Ils trouvent que la seule arme à leur disposition pour la concurrence internationale est le coût salarial très bas. Ils ne peuvent pas le relever à un niveau disproportionné par rapport à leur économie ou en comparaison avec celui des pays riches. La concurrence sur une base technologique n'est pas non plus possible, car les pays du Sud achèteraient la technologie à un coût très élevé et sa rentabilisation sur le marché international serait problématique. Il apparaît clairement, selon eux, que les clauses sociales avantageraient à nouveau les pays riches et désavantageraient encore les pays pauvres.
Ils considèrent que les défenseurs de la clause sociale cherchent à imposer à tous les pays leurs propres normes en matière de salaires et de conditions de travail, ce qui aurait pour effet de mettre en péril l'avantage comparatif des pays en développement ou en émergence.
Quant au Bureau international du Travail (BIT), il préconise l'adoption et l'application des conventions qui engagent chaque pays membre de l'Organisation internationale du Travail (OIT), pour promouvoir les progrès sociaux dans tous les pays. Il reste souple et met l'accent sur certaines conventions fondamentales qui devraient être appliquées (liberté syndicale, droit d'organisation et de négociation collective, abolition du travail forcé, lutte contre le travail des enfants,...) sans que l'on soit amené à recourir à des sanctions en vertu des clauses sociales contraignantes.
La position des organisations syndicales internationales des travailleurs est sans équivoque, ferme et nuancée. Elles réclament un mécanisme fort et fiable de contrôle de l'application des accords commerciaux par les partenaires sociaux et par le BIT. La Confédération mondiale du travail (CMT), la Confédération internationale de syndicats libres (CISL), la Confédération européenne des Syndicats (CES), la Fédération syndicale mondiale (FSM) et les syndicats des pays du Sud soutiennent l'adoption des mesures contraignantes pour le respect des droits fondamentaux, reconnus par de nombreux pays membres de l'OIT, en veillant toutefois à ce que les clauses sociales ne soient pas un instrument protectionniste pour les pays industrialisés.
Considérant l'absence d'un système de sanctions au sein de l'OIT, ces organisations proposent un cadre de régulation qui serait un comité consultatif conjoint de l'OIT et de l'OMC, capable s'il le faut d'imposer des mesures de rétorsion commerciale à l'encontre des pays récalcitrants.
Références
- Horman, D., Mondialisation et droits sociaux. La clause sociale en débat, GRESEA, Bruxelles, 1997, 239 p.
- Linard, A., Les syndicats pour des lendemains qui chantent encore, Labor, Bruxelles, 2003, 84 p.
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ONG humanitaires :
entre pouvoir et manipulation
par Brigitte Piquard
Directrice du programme NOHA (Network on Humanitarian Assistance - UCL)
Responsable du DES en aide humanitaire internationale
Professeur d'anthropologie politique et chercheur au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits internationaux (CECRI)- UCL
Rares sont les interventions internationales qui, de nos jours, ne sont pas menées, en tout ou en partie, au nom de principes ou d'intérêts humanitaires. Cette récupération de la rhétorique et souvent des actions humanitaires a pour conséquence de dénaturer celles-ci, de les éloigner de leur objectif principal : soulager les souffrances de populations en sursis.
L'aide humanitaire est-elle dès lors en danger? Faut-il se désespérer de cet état de fait, voire comme certains, annoncer la fin nécessaire des actions humanitaires? Depuis les dix dernières années, la presse n' eu de cesse de tirer sur l'ambulance, mettant en exergue les déboires de certaines opérations humanitaires, les détournements de l'aide, la façon dont celle-ci peut nourrir certains conflits, mais aussi la chronicité des crises que ni les efforts diplomatiques, ni l'aide d'urgence, ni l'aide au développement n'arrivent à endiguer.
Compte tenu de la complexité des urgences modernes qui conjuguent la plupart du temps crises politiques, ruptures sociales, catastrophes écologiques, effondrement de repères, le rôle des acteurs et la définition de l'espace humanitaire sont devenus des enjeux stratégiques (diplomatiques ou militaires) de première importance.
Dans les années nonante, l'aide humanitaire connaît un bouleversement sans précédent. Les conflits pour lesquels l'aide humanitaire doit intervenir ont perdu leur structure et leur lisibilité. La distinction entre belligérants et population civile devient de plus en plus difficile à établir, les enjeux, les coûts et les bénéfices de ces conflits, difficiles à définir. Les confusions naissent des amalgames dans l'utilisation de la rhétorique humanitaire par les Etats, devenue à la fois instrument de diplomatie ou alibi pour justifier tant le non-interventionnisme lors de certaines crises (Bosnie, Rwanda) que la légitimité d'actions militaires dans d'autres (Kurdistan, Afghanistan, Irak). La communauté humanitaire se sent de plus en plus dépossédée de son propre objet, manipulée par des Etats ou des organisations multinationales, vampirisée dans des processus dont les conséquences sont plus que jamais aléatoires. A cela, il faut ajouter que l'acteur humanitaire devient multiple. Son identité et ses objectifs sont de plus en plus ambigus. L'ONG n'est plus qu'un acteur parmi d'autres dans la sphère humanitaire, alors que lors de la guerre froide, le travailleur humanitaire était souvent le seul sur le terrain. Maintenant, il doit apprendre à composer avec d'autres : des militaires, des politiques et même de plus en plus des acteurs privés.
Les événements en Irak n'ont fait que durcir les réponses internationales et cristalliser les passions. Les interventions ne se font plus au nom de l'intérêt des peuples ou de ceux de la géopolitique, mais plutôt au nom d'une politique sécuritaire mue par la peur de l'autre et la crainte d'exactions terroristes. Dans cette logique, l'aide humanitaire devient soit un argument de seconde zone pour légitimer une action militaire, soit une arme de guerre à part entière. Après la Somalie, le Kosovo et l'Afghanistan, l'Irak, cette fois, voit l'action humanitaire prise une nouvelle fois comme alibi justificatif d'une intervention armée. Si les termes « guerres humanitaires » ou « opérations militaro-humanitaires » ne font plus sursauter personne, pour l'ONG humanitaire, la confusion des genres crée une crise sans précédent. L'aide humanitaire se trouve plus que jamais conditionnée à la position prise face à l'armée d'occupation. Ceux, parmi la population irakienne, qui ont collaboré ou tout au moins renoncé à combattre, deviennent «de bonnes victimes», les autres restent des ennemis potentiels et ne sont pas éligibles pour recevoir les secours pourtant nécessaires à leur survie.
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