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| Des guerres, des conflits civils, militaires, religieux frappent de nombreux Etats dans le monde. Parmi les victimes innocentes, on trouve des enfants. Parmi les soldats, on compte malheureusement aussi des enfants. Victimes de devenir bourreaux, ces jeunes adolescents prennent les armes parfois avant même de prendre conscience de la mort. Enrôlés par la force ou forcés d'être volontaires, les enfants-guerriers n'ont souvent pas d'autres alternatives que de se battre. De nombreuses organisations internationales ont compris la nécessité de lutter contre le recrutement des enfants, ne serait-ce que dans une visée de prévention des conflits. Parce que ces gosses constitutent l'avenir de leurs pays. Mais quel avenir ? Sans éducation, ni repère, ils grandissent avec du sang sur les mains et la mort dans l'âme. |
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La place des enfants-soldats |
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L'Unicef ainsi qu'une série d'organisations de défense des droits de l'homme ont condamné l'enlèvement le 6 novembre 2001, au Burundi, de plus de 230 enfants par les rebelles des Forces de défense de la démocratie (FDD), mouvement rebelle hutu (1). Ces enfants kidnappés doivent leur servir de chair à canon dans leur lutte contre l'armée burundaise qui, elle aussi, s'est rendue coupable des mêmes crimes (2). Cet événement tragique se produit au moment où ce pays s'engage dans une transition démocratique fragile après plus de dix années de troubles et de massacres interethniques. On perçoit à travers cet exemple l'interdépendance entre une prévention durable des conflits violents et la lutte contre l'enrôlement de force des enfants dans la guerre.
Les organisations internationales, multilatérales et régionales sont activement impliquées dans la lutte contre le recrutement des enfants-soldats. Les Nations unies, les organisations régionales et sous-régionales d'Europe, d'Afrique, d'Amérique ou d'Asie déploient des arsenaux juridiques et des actions concrètes. Félix Nkundabagenzi
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Pour en savoir plus:
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«Ils sont venus dans toutes les huttes de pêcheurs et ont dit que chaque famille devait un enfant à Prabhakaran, leur chef », raconte Elisaman, enrôlée à l'âge de quatorze ans par les Tigres tamouls, dans le nord-est du Sri Lanka. Pourquoi elle en particulier ? « Ma soeur plus âgée était malade. L'un de mes frères était trop jeune, l'autre venait tout juste de se marier. Il aurait été triste de voir sa jeune femme devenir veuve si tôt. Voilà pourquoi je me suis portée volontaire. Il fallait bien quelqu'un qui se sacrifie. Moi, j'étais la moins indispensable.»
En Colombie, un sondage parmi cent vingt filles et garçons de la guérilla a révélé que personne n'avait rejoint les rebelles par conviction politique. Pour une écrasante majorité, il s'agissait d'un acte volontaire. Si d'aucuns ont été attirés par les armes et l'uniforme, d'autres se sont laissé convaincre par la guérilla ou ont rejoint les insurgés parce qu'ils n'avaient rien à manger. Seuls 14% prétendaient avoir eu la main forcée. Sous le feu des projecteurs depuis les attentats du 11 septembre, l'Afghanistan connaît la guerre depuis 1978. Pour toute une génération qui y a grandi, cette situation constitue la normalité. Et sur les champs de bataille, les enfants sont présents. Contre les Soviétiques durant les années quatre-vingt, ils étaient emmenés par les aînés de leur famille, sans toutefois participer à tous les combats. Leur rôle a changé par la suite. Lors du départ de l'Armée rouge, le gouvernement les a systématiquement enrôlés. Ensuite, divers groupes islamistes les ont séparés de leur famille pour les élever dans des écoles coraniques. Et en faire des soldats. Au moins 20 à 25% des soldats qui se sont battus ces dernières semaines en Afghanistan - et dont beaucoup sont morts sous les bombes américaines - ont été des adolescents, voire des enfants. Cette proportion est plus ou moins la même dans tous les partis impliqués. Si le parcours du jeune combattant afghan diffère de celui de ses camarades au Congo, au Sri Lanka, en Ouganda..., il reste qu'on peut dégager un certain nombre de points communs. Le problème des enfants-guerriers se rencontre avant tout dans des pays où les adultes sont trop peu nombreux, ou guère disposés à endosser l'uniforme. Dans ce dossier, le recrutement doit être considéré comme le moment-clé. La conscription Dans de nombreux pays, l'enrôlement obligatoire, ou conscription, constitue le premier type de recrutement. Parfois introduit en réponse à un conflit, il est souvent devenu une disposition permanente qui reste, par nature, une prérogative des gouvernements. Le droit international en vigueur (1) - et ce, malgré les récentes avancées - fixe à quinze ans l'âge minimum pour s'enrôler. Or, dans la plupart des pays, les lois nationales fixent à dix-huit ans l'âge légal du droit de vote. Cet âge marque aussi la transition officielle entre l'enfance et l'âge adulte, avec les responsabilités légales et morales qui incombent alors à l'individu. L'âge de dix-huit ans est aussi retenu dans la définition générale de l'enfant dans la Convention relative aux droits de l'enfant des Nations unies de 1989. Dès lors, pourquoi accorder une exception aux militaires? En attendant, des dizaines de pays enrôlent avant la majorité civile, en toute légalité. Et pas seulement dans des pays du Sud... Au Royaume-Uni, des jeunes de seize ans prennent, au départ de l'école, le chemin des casernes. Aussi bien aux Malouines que durant la guerre du Golfe, des soldats britanniques de moins de dix-huit ans sont morts. Trop jeunes pour voter, assez vieux pour tuer... ou mourir pour la patrie! Malheureusement, un âge d'enrôlement fixé à dix-huit ans - comme le réclame notamment la Coalition internationale pour mettre fin à l'utilisation d'enfants-soldats - ne met pas nécessairement les enfants à l'abri. Il existe souvent des clauses autorisant un service militaire précoce, pour raison de meilleure convenance. Ailleurs, c'est l'absence de documents qui pose problème. Comment statuer sur le cas d'un adolescent dépourvu d'acte de naissance ou de carte d'identité ? Il y a enfin l'indifférence de certains recruteurs. Ainsi, en Afghanistan, où des officiers ont falsifié des dates de naissance afin de répondre aux critères d'engagement. Certains enfants n'avaient même pas quatorze ans. L'enlèvement Afin de renflouer leurs rangs, les gouvernements peuvent aussi être tentés par le recrutement forcé. Sur ce plan, ils sont rejoints par les groupes d'opposition armés. Tous les deux recourent d'ailleurs aux mêmes pratiques : ils font irruption dans le village - ou la ville -, sèment la terreur et tuent, enlèvent les enfants, se livrent au pillage, avant de mettre le feu. Aux quatre coins du globe, le scénario est le même. On s'attaque aux quartiers défavorisés pour enlever sur les terrains de football, aux arrêts de bus, à l'entrée des écoles... Là où il y a foule. Les orphelinats sont un autre endroit très prisé. Malgré un certain côté arbitraire, ces rapts concernent surtout les populations les moins aptes à se défendre. En Éthiopie, les petits vendeurs de cigarettes, de sucreries ou autres billets de loterie constituaient une cible privilégiée. Des minorités ethniques, raciales ou religieuses - comme certaines populations indigènes - peuvent aussi se trouver dans le collimateur dès lors qu'elles sont perçues comme une menace par le pouvoir. Le volontariat L'enfant a-t-il été forcé ou s'est-il engagé volontairement ? Souvent, la réponse n'est guère aisée. Que penser en effet de la notion « volontaire » lorsque la misère pousse les enfants dans les mains de groupes militaires, ou quand le service dans l'armée ou la guérilla paraît plus sûr que la vie dans son environnement familial ? Ces réserves étant faites, on peut néanmoins identifier un certain nombre de raisons et de motivations qui expliquent la démarche volontaire. Raisons culturelles. Certains enfants sont attirés par la vie militaire ; le prestige de l'uniforme les fascine. Dans d'autres cas, ce sont les parents qui les persuadent, pour des raisons politiques ou patriotiques, ou parce qu'ils estiment que la discipline militaire sera tout bénéfice pour leur rejeton. Et puis, il y a ceux qui rejoignent l'armée pour retrouver leurs copains ou vivre l'aventure. Les sociétés qui considèrent le port d'armes comme une preuve de masculinité et qui perpétuent la tradition de la « vengeance par le sang », voient souvent des enfants prendre les armes pour « réparer » la mort d' un proche. Enfin, dans bien des sociétés, les familles sont amenées à envoyer leur fils rejoindre le mouvement armé, non pas dans un esprit de revanche, mais pour remplacer le père ou le frère tué. Question d'assumer son devoir. Recherche de protection. La torture ou l'assassinat d'un parent, la privation et l'humiliation, des bombardements aveugles, la détention, l'intimidation par les forces armées... sont autant d'incitants qui peuvent pousser un enfant à rejoindre un groupe d'opposition armé. Durant la guerre civile au Salvador, la guérilla avait accueilli - et protégé - de nombreux jeunes dont la famille avait été massacrée. En Tchétchénie, les jeunes mâles rejoignent souvent le rang des combattants pour éviter toute détention arbitraire ; les adolescents âgés de quatorze à dix-huit ans risquent en effet d'être détenus par les forces de sécurité qui espèrent ainsi prévenir tout recrutement par les rebelles. Raisons idéologiques. Bien des volontaires s'engagent pour la bonne cause. Les cas de figure sont multiples : « guerre sainte », lutte pour les libertés politiques, religieuses ou autres, combat pour récupérer des terres ancestrales... Dans d'autres circonstances, ces «Che Guevara en herbe» s'engagent pour davantage de justice sociale, ou pour combattre la pauvreté ou la corruption. Les gosses qui s'engagent, et meurent pour la cause, sont la fierté de leur communauté. C'est le cas des enfants de l'Intifada. Premières victimes de la situation pourrie dans les Territoires occupés, ils sont en contact direct avec les soldats israéliens et les colons juifs, et vivent dans leurs tripes les provocations et l'humiliation quotidienne. Stade ultime de la logique du désespoir : le kamikaze. Dans ce schéma de démarche idéologique, la participation des enfants n'est pas seulement approuvée par la communauté, elle est carrément encouragée. En effet, comment imaginer les garder à l'écart d'un conflit alors qu'ils participent parfois activement aux travaux domestiques et agricoles dès l'âge de quatre ans ? L''adolescent de quinze ou seize ans qui travaille et qu'on traite comme un adulte, est censé prendre ses responsabilités en cas de conflit armé. Raisons socioéconomiques. Pour bien des enfants de la rue, l'armée ou la guérilla sont souvent perçues comme unique planche de salut. Même constat pour toutes ces familles qui vivent dans une misère noire, sans la moindre perspective d'avenir. Alors plutôt s'enrôler que de rester au chômage. Souvent, ce sont les parents qui poussent dans cette direction, en particulier lorsqu'une partie de la solde est directement versée à la famille. Et là où les nouvelles recrues ne sont pas payées, elles se livrent au pillage. De quoi nourrir leurs proches. En Sierra Leone, les « fruits » du pillage ont amené certaines mamans à penser qu'il fallait envoyer plus d'enfants faire la guerre..., question d'augmenter les maigres revenus. Les commentaires du directeur de la Croix-Rouge du Liberia vont dans le même sens. Interrogé en 1990 quant à la participation aux combats de garçons de sept ans, il expliquait que «celui qui a un fusil, a aussi de quoi manger». En se basant sur de nombreuses études de cas, on arrive à la conclusion que la plupart des jeunes recrues -elles sont quelque 300.000 de par le monde- n'ont été ni forcées ni obligées de prendre les armes et de tremper dans les horreurs de la guerre. En attendant, les gosses sont l'objet de moult manipulations subtiles et de pressions diverses qu'il sera plus compliqué d'éliminer que le recrutement forcé. Marc Schmitz (1) Cfr. le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant -interdisant toute implication des moins de dix-huit ans dans les conflits armés-, conclu par l'Assemblée générale des Nations unies, le 25 mai 2000. Ce Protocole reste bien sûr facultatif et il faut regretter qu'un certain nombre de termes ne soient pas définis, ce qui laisse aux Etats une liberté d'appréciation très large. |
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