Thème

Pour ou contre la « défédéralisation » de la Coopération ? Fausse question s'il en est, car cette décision a déjà été prise par la classe politique. A la sauvette, sans recul ni concertation, faut-il le rappeler. D'aucuns sont d'ailleurs persuadés que le transfert de compétences est donc d'ores et déjà inéluctable et qu'il ne reste plus qu'à s'en accommoder. Il reste cependant une bataille à livrer : celle du débat démocratique. Pour ne pas avoir à subir une énième réforme bâclée de la Coopération, ou aussi mal préparée que les précédentes, il appartient aujourd'hui aux acteurs du secteur, tous les acteurs, de se mobiliser autour de la question de ce transfert et de ses conséquences, surtout pour les bénéficiaires. Car au-delà des spéculations, politiciennes ou autres, il s'agit d'abord de solidarité.

Défédéraliser la Coopération au développement ?

par Marc Poncelet
Chargé de cours à l'Université de Liège en Sciences sociales



Ne revenons pas sur la Saint-Perlette et son petit matin où la "défédéralisation" de la coopération a été évoquée dans les termes suivants : "Certaines matières de la coopération au développement seront également transférées dès 2004 dans la mesure où elles portent sur des compétences des Communautés et des Régions".

Les suites "polycarpiennes" et les évolutions enregistrées à différents niveaux à propos du "paquet défédéralisable" ont incontestablement donné lieu à une réelle mise en débat. Il ressort principalement de ces derniers débats et des argumentaires produits de part et d'autre, qu'il y subsiste un gouffre entre l'annonce et l'opérationalisation possible et souhaitable d'une telle défédéralisation.


Défédéraliser pour faire quoi?

Bien sûr, la revendication n'est pas nouvelle, et les partisans et les opposants varient suivant les conjonctures. En bref, et quels que soient les antécédents, on admettra que le sort de la coopération au développement sera réglé sur base d'une problématique autre, plus large inscrite certes dans la trajectoire de notre pays, mais très peu en rapport avec un diagnostic éclairé à propos du Sud d'aujourd'hui et à propos des défis présents de la coopération. Bilan critique et diagnostic ont bien eu lieu récemment, mais les leçons tirées (DGCI CTB, Affaires étrangères, autonomie croissante des acteurs indirects, etc.) constituent précisément le paquet à découdre demain.

À travers des moments difficiles et des révisions déchirantes mais aussi des réformes pertinentes, la coopération au développement de la Belgique fut nettement réorientée depuis dix ans : restrictions des pays cibles, concentration des contributions multilatérales sur un nombre plus limité d'agences, professionnalisation et programmation de l'activité des ONG, responsabilisation et contractualisation des activités universitaires sur base de conventions en outre. Différents indicateurs permettent de démontrer que malgré les vicissitudes, la qualité des services fournis par différents acteurs s'est améliorée en termes d'exécution budgétaire, d'intégration sectorielle ou d'activités, de partenariat avec les acteurs du Sud. Bien entendu et vu du terrain, beaucoup reste à faire pour que ces réformes soient transformées en gains nets pour les bénéficiaires.

Les documents prospectifs issus des entités fédérées par cette éventuelle défédéralisation ne rompent en rien avec ces tendances issues de dix ans de réformes de l'ex-AGCD. Mieux, en grande partie, ils annoncent et promettent une poursuite des orientations fondamentales de celles-ci. Les objectifs de la défédéralisation n'ont donc sur le fond aucune motivation spécifique à l'efficacité et à l'honnêteté de la coopération. Au-delà de la logique institutionnelle et politique d'approfondissement du fédéralisme et de la pratique des paquets de négociation, la seule justification avancée en faveur de la défédéralisation est la cohérence fonctionnelle des compétences. L'aide indirecte (via les ONG, les Universités, l'APEFE, le VVOB) est déjà communautarisée dans son exécution, alors qu'elle bénéficie de subventions fédérales. Par ailleurs, on avance aussi que les actuelles compétences communautaires et régionales (enseignement, commerce extérieur, recherche, etc,) correspondent à des secteurs d'activités en coopération. Au-delà des ajustements quantitatifs et des corrections de répartition qu'exigeraient les entités fédérées, on peut donc dire, si l'on accorde foi aux déclarations, que l'on cherchera à faire la même chose, avec moins de moyens, dans une certaine intimité communautaire. Pas de quoi susciter un enthousiasme mobilisateur !


La coopération internationale aujourd'hui

À ce premier niveau de prospective, un certain réalisme s'impose donc. Les objets, les problématiques et les objectifs de l'aide publique ne sont plus ce qu'ils étaient lorsque le thème de la régionalisation de la coopération initia chez nous son improbable trajectoire politique. Référence minimaliste, la notion de développement recouvre aujourd'hui des conceptions, des pratiques et des objectifs de plus en plus divers et surtout de plus en plus diversifiés selon les régions et les continents visés. Aucun pays occidental moyen ou petit n'y dispose plus des amples marges de manoeuvres d'antan, et ce, même dans ses anciennes colonies. C'est incontestablement au niveau multilatéral et au sein de quelques grandes institutions que sont fabriquées et renouvelées les thématiques porteuses de ce "marché " mondialisé de la coopération. Si certaines coopérations publiques européennes, dont la coopération belge des dernières années, ont pu néanmoins jouer ici et là un rôle novateur et original propre ou via les institutions civiles qu'elles soutiennent ou encore par le biais de leur contribution au secteur multilatéral, il est évident que cette capacité de pression est directement proportionnelle au poids politique et au budget mobilisé. Dans ce jeu, il n'y a pas de place sauf folklorique pour les poids légers. Les acteurs du Sud restent trop faibles et trop dépendants le plus souvent pour être en mesure de s'opposer aux conditionnalités des grands bailleurs. Les formules qui évoquent la coopération comme la solidarité ou la tendresse des peuples restent creuses si nous sommes incapables de prendre en compte ce curieux marché.

Que les décisions soient prises plus près du terrain est sans doute une conception saine de la décentralisation, mais la tendance actuelle de la coopération dite "décentralisée" mobilisant des acteurs très divers et des projets de tous types peut apparaître comme un amoncellement désordonné et contre-productif de "bonnes volontés". En attendant l'éventuelle politique extérieure d'une Europe des Régions, évitons de rejoindre ce peloton désordonné déjà qualifié en Afrique même de "coopération de pagaille". On reconnaîtra enfin sans peine que la distance Ouagadougou-Namur n'est guère inférieure à la distance Ouagadougou-Bruxelles.


Des partenaires identifiables

Ceci nous conduit à un second niveau de réflexion. La coopération se déroulant généralement loin de Belgique, le partenariat tant souhaité aujourd'hui entre acteurs du Nord et acteurs du Sud gagne beaucoup lorsque les partenaires sont réciproquement identifiables. Donc il ne s'agit pas seulement d'image de marque. De ce point de vue, on ne peut dire que les mesures présentes vont brouiller une image. Elle est brouillée depuis plusieurs années et le restera donc au moins encore cinq ans, plus probablement dix. Nos partenaires se débrouilleront, eux qui à la suite de dizaines de contacts, avouent souvent ne rien comprendre au niveau du "machin coopératif " belge. De toute manière, les hommes et les moyens disponibles les intéressent bien davantage que la tuyauterie institutionnelle qui les fournit. Pour le paysan bariba du nord du Bénin, auquel on annoncera que les "blancs sont venus du Royaume de Belgique pour laider "(dixit), nos débats sont insignifiants. Ils le sont sans doute moins pour la pléthore de courtiers du développement, fonctionnaires, quasi-fonctionnaires ou "quasi-ONGistes" et autres foules d'experts qui vivent de leur position d'intermédiation entre les bailleurs et les populations cibles. Ceux-là devront revoir leur mode d'emploi du projet et du financement afin d'y intégrer l'existence de deux coopérations supplémentaires au Royaume de Belgique !

Cette dernière remarque introduit à un troisième point de vue que d'aucuns, partisans du fédéral ou "défédéralistes" qui invoquent l'intérêt suprême des populations cibles trouveront iconoclaste, voire provocateur. Tout d'abord et quoi qu'on en dise, l'aide au développement ne revient pas majoritairement aux couches pauvres et opprimées. Les concessions faites aux prédations officielles africaines et autres petits bénéfices qui reviennent à des acteurs peu ou trop connus sont bien connus ! Notre débat belgo-communautaire ne saurait cacher que bien des zones d'ombre subsistent fondamentalement quant aux choix politiques qui resteront... des choix politiques, assumés ou non assumés. La juxtaposition d'un volet de soutien aux PME, d'un soutien financier ou logistique à des politiques publiques, d'un volet d'empowerment des groupes populaires, d'un soutien bancaire, d'une formation militaire, d'une assistance médicale d'urgence, etc., ne constitue pas une politique. Or, quelle que soit la tendance à transformer les questions politiques en question techniques et organisationnelles, la réduction d'échelle de notre coopération ne contribue en rien à éviter l'alibi de l'expertise et à regarder en face la dimension politique de la coopération qui n'est certes pas simple, on le concède aisément. L'amélioration de la "qualité" de notre coopération africaine par exemple ne s'est pas accompagnée à tous niveaux d'une révision profonde des représentations sociales, des préjugés et des idéologies autojustificatrices, inavouables mais toujours présents dans le milieu de la coopération. Ainsi, l'abîme est immense aujourd'hui entre l'image sociopolitique de l'Afrique des chercheurs et les visions qu'entretiennent les acteurs de la coopération.


Quelques questions sans arrière-pensées

Avant d'évoquer non quelques prophéties de mauvais augure, mais quelques risques à éviter, la formule lapidaire suivante résume les propos qui précèdent. Une défédéralisation n'aurait guère de sens si elle consistait seulement à poursuivre à petite échelle et dans l'intimité communautaire ce qui, à grands frais, est aujourd'hui encourageant mais à peine fonctionnel sur le terrain. Elle en aura encore moins, si elle doit plonger dans une longue réorganisation opérationnelle (en Belgique et sur les terrains) les dispositifs d'intervention et de décision. Elle serait stérile et belgo-belge, si l'on devait s'interdire de remettre en cause plus profondément quelques zones obscures du marché de la coopération.

Pour conclure donc, quelques risques à éviter et quelques réflexions prospectives.

  • Bien sûr, nous avons le temps de préparer les choses en douceur d'ici 2004. Mais quel gâchis possible si durant ces quatre ans, chaque acteur passe l'essentiel de son temps à ruminer, à attendre ou à se positionner pour être du bon côté en 2004 ! Il faudra donc préparer, assurer et rassurer sans tarder.
  • Parmi les incertitudes qui ne semblent pas levées par ce début de débat, subsiste du côté wallo-francophone, l'articulation Communauté/Région. Pour "annoncer la couleur", on assure aussi du côté des entités fédérées que les budgets livrés aux acteurs indirects et multilatéraux ne seront pas diminués après 2004. Mais le Portugal et la Grèce font-ils autant de coopération que le Danemark ou les Pays-Bas ? La Wallonie est-elle plus proche des premiers ou des seconds ?
  • Même "refinancée", la Communauté Wallonie-Bruxelles restera sujette à mise en cause régionaliste, le centre de gravité de son action restera l'enseignement dont les besoins resteront grands et prioritaires. Alors l'éducation au développement ne risque-t-elle pas de devenir l'alibi d'un transfert de ressources ? La Région pour sa part ne sera-t-elle pas tentée d'utiliser d'éventuelles compétences en matière de coopération pour construire une politique extérieure qui nécessite elle aussi de nouveaux moyens ?
  • Dans l'espoir d'exister ou d'atteindre une masse critique, les entités fédérées tenteront légitimement d'intégrer davantage les interventions des acteurs indirects (voire ces acteurs eux-mêmes) qu'elles financeront. Ne risquent-elles pas ainsi de réduire l'aspect négatif de ce qu'il est convenu d'appeler décentralisation (la coopération "de pagaille") au prix d'une remise en cause de l'aspect le plus positif de cette notion, à savoir l'autonomie nécessaire des intervenants dans leurs domaines concrets de compétence ?

Marc Poncelet



Solidarité internationale
ou pacification communautaire ?



par
Etienne Van Parys
Secrétaire général de l'ACODEV


Quelques récents événements internationaux interpellent sur l'impact que doit avoir la solidarité internationale. Les ONG de développement aux côtés d'autres ONG et de mouvements sociaux ont été capables

  • de s'insurger contre une certaine conception de la mondialisation et de faire des kilomètres pour ébranler les certitudes internationales à Seattle,
  • de mettre en mouvement des représentants de la société civile, du monde politique et des institutions internationales, en Belgique, en Europe et dans les PED (1) , pour faire reculer cette injustice que constitue l'exigence du paiement de la dette des pays les plus pauvres,
  • de mobiliser des parlements nationaux et internationaux pour que cesse la production de mines antipersonnelles et que leur destruction systématique soit entamée.

Le défi aujourd'hui, dans les relations internationales, le partenariat, les solidarités, est de mobiliser les esprits du monde politique et des acteurs de la coopération internationale pour que se développe une vision politique en matière de coopération avant de voir quel outil institutionnel servirait au mieux une telle vision politique.

Lorsque les ONG demandent que la coopération au développement soit considérée à part entière, elles craignent de la voir soumise aux impératifs purs et simples de la diplomatie des Affaires étrangères ou du Commerce extérieur. Elles demandent une politique de la solidarité internationale, sujet de rapports réguliers au Parlement et à l'opinion publique, et axée sur les questions essentielles : social, justice, économie, finances,...

Les ONG insistent pour que chacun des niveaux de pouvoirs contribue activement au renforcement de la solidarité internationale. Elles invitent, notamment au travers des coupoles (CNCD et NCOS), les Communes et les Provinces à ne pas être le "bout du monde" pour leurs citoyens, à désigner un responsable de la coopération au développement, à dégager des budgets propres en vue de mettre en place des solidarités avec les PED, à soutenir des projets et des campagnes d'information avec les enseignants, les centres culturels, à accueillir plus solidairement des réfugiés, ...Les Communautés et les Régions sont interpellées pour articuler leurs moyens structurels, méthodologiques et financiers en complémentarité avec le pouvoir fédéral. Ce n'est pas pour organiser un transfert de compétences fédérales, mais bien pour que des moyens nouveaux, des énergies nouvelles soient mis en place.

De nombreuses ONG de développement maintiennent une structure nationale. Elles représentent une grande importance par leur nombre (25% des ONG agréées), par les actions et les budgets qu'elles mettent en oeuvre (1998 – 2001 : 35% des subsides aux plans d'action, soit 3,9 milliards).

Au niveau européen, si certaines ONG se regroupent selon des réseaux philosophiques (SOLIDAR, socialiste ; CIDSE, catholique ; APRODEV, protestante ; EUROSTEP, "neutre"), ces réseaux reconnaissent la spécificité et l'importance des plates-formes nationales d'ONG.

Les objectifs des actions sont de plus en plus cadrés dans des plans stratégiques pluriannuels, en partenariats et en collaborations diverses aux niveaux local, fédéral, européen et international. Les voies du développement s'inscrivent dans des approches régionales (qui transcendent les frontières nationales) et internationales. Transférer les compétences de coopération au développement du fédéral vers un niveau de pouvoir fédéré comporte le grand risque d'un repli identitaire, contraire au message que nous voulons promouvoir de la solidarité internationale.

Les ONG souhaitent un peu plus de stabilité, après les réformes de 1991 et de 1997. Celle de 1997 a fondé les relations entre les ONG et l'autorité publique sur une approche programme des actions et des cofinancements. Les ONG ne remettent pas en cause les principes de cette réforme, même si elle n'est pas "aboutie". La période d'incertitude créée par la déclaration gouvernementale du 17 octobre 2000 perturbe gravement les ONG et les pouvoirs publics dans leur volonté de poursuivre la concertation en vue d'adapter les instruments et les méthodes mis en place.

La loi sur la coopération au développement (25-05-99) était attendue par les ONG. Plusieurs de ses volets doivent encore faire l'objet d'arrêtés d'application.

L
es ONG veulent le maintien de cette loi qui cadre bien divers enjeux de la solidarité internationale et en contient les éléments essentiels. De plus, elle doit poursuivre les efforts en matière d'annulation de la dette des PED, garantir le principe de l'aide déliée et permettre une croissance des budgets plus rapidement dans le but d'atteindre le 0,7% du PIB belge. C'est la sérieuse mise en garde que la Fédération a faite le 19 octobre 2000 dans son communiqué de presse.

Les partenaires dans les PED deviennent de plus en plus acteurs eux-mêmes des actions d'éducation, de lobby ou de plaidoyer, chez nous et chez eux. Les frontières entre les actions dites "Nord" et les actions appelées "Sud" tentent à s'estomper au profit d'actions communes de solidarité internationale.

En quelques flashes, voici décrite une série de raisons qui poussent les ONG à croire qu'il n'est pas raisonnable de transférer les compétences de la coopération au développement vers les entités fédérées.

Etienne Van Parys

(1) PED: pays en voie de développement



Wallonie-Bruxelles
et la Coopération au développement



par Philippe SUINEN
Commissaire général aux Relations internationales de la Communauté de Wallonie-Bruxelles (CGRI) Directeur général des Relations extérieures de la Région wallonne (DRI)



Dans la logique du système fédéral belge, les compétences internes des Régions et des Communautés se prolongent sur la scène internationale. C'est un principe fondamental du fédéralisme belge. Le système est organisé. Il fonctionne depuis 1983 pour la Communauté et 1993 pour la Région.

La Communauté française de Belgique et la Région wallonne agissent en qualité d'interlocuteurs à part entière : disposant de la capacité de conclure des traités internationaux dans les matières de leurs compétences, elles développent des projets de coopération avec leurs partenaires du monde.Pour la coopération bilatérale, des programmes de travail sont arrêtés par les gouvernements des pays partenaires, de la Région wallonne et de la Communauté française, dans le cadre de commissions mixtes réunies à échéances régulières. La participation des entités fédérées à la coopération multilatérale est également prévue et organisée.

L'information mutuelle régulière et les concertations sont formalisées au sein de la CIPE – Conférence interministérielle de politique étrangère, où sont représentés les ministres des Affaires étrangères et des Relations internationales du gouvernement fédéral et des entités fédérées.

Dans le cadre de l'Union européenne, se fondant sur l'article 203 du Traité d'Amsterdam, l'organisation de la représentation de la Belgique au sein du Conseil permet aux ministres de la Région wallonne et de la Communauté française de représenter et d'engager la Belgique dans tous les domaines relevant des compétences des entités fédérées.


Les outils

Rapprochées par des accords de coopération entre la Communauté française, la COCOF, la Région wallonne, les administrations de relations internationales - le CGRI, Commissariat pour les Relations internationales de la Communauté française, et la DRI, Division des Relations internationales de la Région wallonne, sans oublier l'APEFE, Association pour la Promotion de l'Education et de la Formation à l'étranger, rapprochée du CGRI dès 1992 - travaillent à présent de manière coordonnée en un seul ensemble organisé à l'Espace international Wallonie-Bruxelles (1).

L'ensemble CGRI-DRI-APEFE, avec une direction commune, est organisé en unités thématiques, unités transversales, agences spécialisées et unités de support (ressources humaines, logistique, ...). Ainsi, notamment, signalons une direction de la coopération bilatérale, divisée en départements géopolitiques avec des pupitres par pays ou groupes de pays ; des directions de coopération multilatérale - Francophonie, Multilatéral mondial (Nations unies, OCDE, Conseil de l'Europe, OMC, Minorités), Intégration européenne (Union européenne), Coopération transfrontalière et interrégionale européenne ; une direction des politiques sectorielles (culture, sport, enseignement, jeunesse, santé, bourses, etc.) et des agences spécialisées (Wallonie-Bruxelles-Musiques ; Wallonie-Bruxelles-Images ; Wallonie-Bruxelles-Théâtre ; Bureau international Jeunesse) ; une unité «coopération au développement» comprenant l'APEFE, le service de cofinancement des ONG, une banque de données et d'expertises.

Une présence permanente à l'étranger est assurée par un réseau de représentants diplomatiques (15 délégués et représentants) qui travaillent sur le terrain en liaison avec les représentations des autres Etats, l'Ambassade de Belgique et les partenaires locaux ; des coordonnateurs de la coopération technique dans les pays du Sud (10 coordonnateurs).


La coopération au développement

Sur ces bases, Région et Communauté consacrent ensemble chaque année environ un milliard de francs à des actions de coopération au développement, menées avec des partenaires d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie.

Communauté française et Région wallonne ont pris, ces dernières années, plusieurs initiatives qui les conduisent à soutenir de façon plus déterminée les acteurs impliqués dans le Sud. Parmi ces initiatives signalons :

  • la concentration des relations bilatérales autour d'un nombre limité de pays partenaires, dont un nombre significatif de pays du Sud ;
  • une présence active dans la Francophonie multilatérale, principalement composée de pays en développement ; elle permet de renforcer l'utilisation du potentiel de ressources du Sud et la coopération Sud-Sud ;
  • la création d'une nouvelle ligne budgétaire auprès du CGRI et de la DRI pour contribuer au développement international des ONG de Wallonie et de Bruxelles par le cofinancement de leurs projets de coopération ou d'éducation au développement ;
  • l'organisation biennale d'un événement de coopération culturelle destiné à mettre en valeur la créativité contemporaine d'un pays du Sud (Festival « Na nga def ? », « Laafi ») ;
  • des accords entre la Région wallonne et des banques de développement ;
  • la participation de la Région wallonne et de la Communauté française de Belgique avec cofinancement à des projets réalisés par le PNUD, la FAO, le BIT, l'ONUDI, la BAD, l'OMS, l'UNESCO, la BID et l'UNICEF.

Ces initiatives procèdent d'une volonté politique claire d'ouverture et de solidarité envers le Sud, à l'opposé de tout repli sur soi. En résumé, elles visent à appuyer et à valoriser des partenariats internationaux, porteurs de retombées positives pour chacun des partenaires, à les articuler autour d'axes de coopération pour en faire des lignes de force et contribuer à des objectifs globaux de coopération au développement.

La « défédéralisation » de la Coopération au développement, telle qu'elle a été décidée par le gouvernement fédéral, s'inscrit dans cette même logique en la concrétisant par le transfert de moyens financiers de la Coopération fédérale. Cette décision présente l'avantage de la fonctionnalité : qui exerce une compétence décisionnelle dans l'ordre interne est le mieux à même d'y identifier et d'y mobiliser, au profit des pays en développement, les capacités et l'expertise qui y existe.

La mention des compétences régionales et communautaires indique bien en soi tout l'intérêt de ces matières en termes de développement des pays du Sud : aménagement du territoire, environnement, logement, agriculture, développement rural, ressources naturelles, énergie, recherche appliquée, infrastructures, formation professionnelle, aide sociale, santé, mais également éducation et recherche scientifique, enfance et jeunesse, éducation à la santé, culture et audiovisuel,....

Les actions de coopération au développement déjà menées par la Région wallonne et la Communauté française se sont basées sur les capacités de l'expertise des différents acteurs de Wallonie et de Bruxelles : les universités, les ONG, les associations, les organismes publics,...

Wallonie-Bruxelles peut également compter dans ce cadre sur l'APEFE (Association pour la Promotion de l'Education et de la Formation à l'étranger), associée aux services internationaux de la Communauté et de la Région. L'APEFE, en partenariat financier avec la Coopération fédérale, compte près de 150 coopérants dans 13 pays en développement partenaires de Wallonie-Bruxelles.

Les compétences et les acteurs de Wallonie-Bruxelles amènent logiquement et naturellement la Région et la Communauté à jouer un rôle majeur dans la coopération au développement. Il est de l'intérêt des pays du Sud de pouvoir ainsi compter les pouvoirs fonctionnellement concernés comme interlocuteurs.


Les orientations à respecter

Les actions déjà menées et les principes suivis par la Région et la Communauté indiquent bien le respect des orientations générales propres au développement durable des pays du Sud, notamment

  • la contribution au rapprochement graduel vis-à-vis de l'objectif de 0,7 % du PIB en tant qu'aide au développement (CAD de l'OCDE) ;
  • la prise en compte exclusive de l'intérêt des populations des pays en développement. Cette orientation déliée doit veiller à la mise à disposition des meilleures capacités et expertises, que celles-ci se situent dans les universités, les ONG, les centres de recherche, les entreprises ou les organismes publics
  • la proximité avec les acteurs de la coopération décentralisée et le respect de leur autonomie, ONG comme universités. Les entités fédérées sont elles-mêmes des pouvoirs de proximité avec le citoyen ;
  • la systématisation de la concertation, pays par pays et programme par programme, avec les différents opérateurs et bailleurs de fonds. Cette concertation doit notamment jouer avec le pouvoir fédéral et les autres entités fédérées belges ;
  • l'importance de la sensibilisation et de l'éducation de nos concitoyens au développement. L'éducation au développement passe d'abord par l'école et donc par les compétences communautaires. La Région s'est inscrite dans les mêmes objectifs en doublant les fonds récoltés par l'opération 11.11.11 du CNCD;
  • la cohérence des projets, ce qui exclut leur arrêt brutal avant l'évaluation des résultats. En fixant 2004 comme date de mise en oeuvre, la réforme permettra de rencontrer cet objectif à la condition que les décisions sur de nouveaux projets soient concertées d'ici là entre l'Etat, les Régions et les Communautés.


Concertation et dialogue

Cette réforme doit être inscrite dans le contexte d'une politique européenne, où doivent se situer les grands débats sur les questions de solidarité internationale. Les perspectives de réorganisation de la Coopération au développement nous paraissent l'occasion d'une réflexion approfondie et décloisonnée avec les acteurs de Wallonie-Bruxelles. Une approche concertée doit favoriser une utilisation cohérente des instruments de coopération. Elle doit permettre de créer, au bénéfice des partenaires du Sud, des synergies entre tous les acteurs : pouvoirs publics, entreprises, organisations sociales, ONG, universités, associations culturelles, ... Un « Conseil du développement », forum permanent d'échange et de réflexion des acteurs de la coopération, doit leur permettre de proposer des orientations et d'émettre des avis sur la politique de coopération. La concertation et le dialogue avec le pouvoir fédéral et les entités fédérées devraient en être plus transparents. Des complémentarités et des synergies pourront être dégagées, sur des projets mieux ciblés. A cet égard, des projets communs d'acteurs du nord et du sud du pays, ou d'acteurs « bilingues » pourront évidemment toujours être encouragés, dès lors qu'ils représentent des actions de qualité. Par contre, des projets, rencontrant les intérêts du Sud mais la compétence ou l'intérêt de l'une des Communautés de notre pays seulement, ne seraient plus freinés. La diversité de chaque Communauté pourra ainsi s'exprimer de manière plus dynamique, au bénéfice du développement de nos partenaires.

L'éducation au développement est importante ; elle passe d'abord par l'école. Une politique volontariste devra être concertée avec les partenaires concernés (ONG, éducation, ...)

La sensibilisation des citoyens doit également être soutenue. Pour un débat démocratique, leurs représentants parlementaires doivent aussi être mobilisés.

Philippe SUINEN

(1) Espace international Wallonie-Bruxelles, Place Sainctelette, 2 - B-1080 Bruxelles.

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