Opinions

AFRICALIA
une histoire belge


par Milos Drago

Journaliste



On l’attendait depuis longtemps. Une belle histoire commençait, celle de la Culture comme moyen de rencontre universel, celle des arts et des lettres comme valeur repère pour un développement durable. Pour une fois, les Belges brillaient d’originalité et de bon sens, et une association relativement indépendante du politique recevait une mission et quelques moyens conséquents. Et puis voilà, le petit couple des gens du Nord et du Sud n’a pas trouvé la perle rare, suffisamment bilingue et asexuée, pour gérer la belle affaire, alors les élus ont cherché au bout du monde et ont trouvé d’abord une anglophile qui n’a pas fait long feu, puis une sympathique parisienne qui s’est perdue dans les méandres du royaume, et enfin, dans le grand Nord batave, ils sont tombés sur un Hollandais bilingue et disponible. Africalia, ce pourrait être cela, la quête d’un penseur venu d’ailleurs pour rompre la monotonie des ronronnements de la coopération culturelle belgicomique. Tout cela serait folklorique s'il n’y avait un manque réel de transparence dans cette aventure riche de rebonds. En trois années, l’association a réussi quelques belles choses, personne n’en sait rien. Elle en a raté d’autres, personne n’en saura rien. La machine fonctionne en autonomie, la poignée de membre du personnel décide de la redistribution des aides aux projets et ne doit rendre des comptes qu’à un C.A. autiste. Une fois par an, heureusement qu’il y a une loi pour les ASBL, ce C.A. remet son rapport, d’ailleurs fort bien fait,  à une Assemblée générale peu participative et pour cause : elle se retrouve devant des faits accomplis. Oublions le  pseudo Conseil consultatif d’AFRICALIA, il sert d’alibi et ne fonctionne pas ; forcément, il ne dispose d’aucun pouvoir et d’aucun moyen !

Dans les coulisses, on grogne ; pour une fois qu’une initiative culturelle prenait pied dans le secteur de la coopération, on s’émerveillait déjà des fruits de cette percée historique. Et pffft, le ballon se dégonfle, pas grand-chose ne transparaît des nombreuses aides octroyées par l’ASBL aux initiatives culturelles des promoteurs du Sud, encore moins les conditions et les principes qui régissent les soutiens. Tout en positivant les progrès accomplis dans la perception de l’action culturelle comme vecteur de développement, on est en droit de se poser des questions quant à la rigueur nécessitée dans l’attribution de subsides aux ONG traditionnelles et ce qui apparaît clairement pour du laxisme dans le fonctionnement de l’ASBL AFRICALIA.

Enfin, si l’idée maîtresse du projet est bien de soutenir l’action et la production du Sud, il n’empêche que l’émancipation  des promoteurs  culturels du Sud ne pourra se faire que dans une vision Sud-Nord qui soit équitable et respectueuse des meilleurs acquis associatifs, citoyens et/ou institutionnels déjà en place ou en gestation depuis de nombreuses années entre ce Sud et ce Nord. De ce fait, il y aurait intérêt à renforcer ces liens fragiles, à permettre plus de participation et d’échanges entre les véritables opérateurs de terrain des deux bords.  AFRICALIA – avec ses moyens, certes limités, mais relativement importants par rapport aux actions menées souvent de manière citoyenne en Belgique – a eu une fâcheuse tendance à négliger les partenaires déjà actifs dans le secteur au profit d’expériences plus prestigieuses avec des institutions opportunistes (Théâtre National, Palais des Beaux-Arts, Botanique).

Quant aux colloques organisés à Ostende et à Liège, AFRICALIA ne prévoyait pas d’y faire participer, même en observateurs des acteurs de terrain belges. Cette forme de protectionnisme ou pire.. de paternalisme déguisé en une intention louable « il faut laisser la parole aux opérateurs du Sud » ne peut que déboucher sur des fins de non-recevoir. Le véritable débat ne pouvant se faire qu’entre partenaires, qu’ils soient institutionnels, associatifs et/ou citoyens.

En attendant plus d’éclaircissements sur l’évolution du projet, sur ses choix futurs et sur son mode de communication, il nous reste à espérer que les ratés de départ de la belle initiative ne favorisent pas un découragement des décideurs politiques. La culture est un enjeu prioritaire dans le développement des pays du Sud, comme de ceux du Nord… Rappelons-le, il ne faudrait pas que, profitant des troubles communautaires, des critiques plus féroces que les nôtres ne viennent remettre en question cet acquis fondamental.

Milos Drago


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