Opinions
Irak : crime contre l'humanité ?


par David Pestieau
Collaborateur à la Ligue Anti-Impérialiste (LAI)



Tous les grands partis en Belgique ont voté au Parlement le soutien à l'embargo contre l'Irak en 1990-1991. Au nom de la démocratie et du droit international, il fallait libérer le Koweït et chasser Saddam Hussein. Dix ans plus tard, la Belgique et son gouvernement arc-en-ciel participent toujours au blocus contre l'Irak. Dix ans après, on peut pourtant voir les conséquences catastrophiques de cette politique criminelle.


Bombarder deux fois par semaine depuis 1998

L'Irak a respecté l'ensemble des résolutions de l'ONU. Ce sont les alliés de la Belgique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui violent le droit international. Depuis 1998, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne bombardent l'Irak en moyenne deux fois par semaine. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont instauré illégalement deux zones aériennes d'exclusion qui couvrent les deux tiers du territoire irakien. Ce qui a fait dire à l'administration Bush qu'elle agissait, lors du dernier bombardement le 16 février dernier, en état de "légitime défense" et ceci à des dizaines de milliers de kilomètres du territoire américain. La légalité internationale (les résolutions de l'ONU) est invoquée contre les régimes "ennemis", mais jamais contre des Etats "amis", comme celui d'Israël, qui violent de nombreuses résolutions onusiennes.


Le pétrole, enjeu de l'embargo

Le maintien de l'embargo durant une décennie relève avant tout de la volonté américaine de contrôler l'importante production pétrolière irakienne. Indépendamment du jugement qu'on peut porter sur le caractère du régime irakien, on ne peut lui donner tort sur ce point. "Pour les cinquante années à venir, quatre pays ont assez de pétrole pour approvisionner substantiellement la planète, relève El-Hashimy, ambassadeur irakien auprès des Nations unies durant la guerre du Golfe. Parmi eux, l'Irak. Les trois autres - le Koweït, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite - sont déjà sous l'influence des Etats-Unis. Si Washington réussit également à contrôler la production du pétrole irakien, alors le XXIe siècle sera le siècle des Etats-Unis". Cette volonté des Etats-Unis de briser l'Irak à tout prix expliquerait l'embargo. "L'embargo a tué deux millions de personnes, dont 45% d'enfants", déclarait le célèbre docteur Léon Schwartzenberg au retour d'une mission en Irak. "Le malheur qui accable ces enfants, ces femmes, ces hommes ne provient pas d'un cataclysme naturel. Il est causé par les puissances occidentales!" Vous avez bien lu : deux millions de personnes tuées!


Fausses et vraies armes chimiques

"Je n'emploie pas le mot "sanctions", bien trop faible. En réalité, il s'agit d'un blocus commercial total, comme cela se faisait au moyen âge", explique Jutta Burghardt qui a vécu de janvier 1999 à mars 2000 à Bagdad, où elle dirigeait le Programme d'aide alimentaire internationale à l'Irak. Elle a démissionné, dégoûtée par les conséquences de l'embargo, qui ont renvoyé un des pays les plus développés du monde arabe avant 1991 à l'âge de la pierre. "Cet embargo a d'abord visé le retrait de l'Irak hors du Koweït. Ce qui s'est réalisé, on le sait, d'une autre manière. Puis, il a été maintenu, en 1991, pour forcer l'Irak à désarmer. À suivi un long processus de désarmement jusqu'au retrait des équipes d'inspection de l'Onu (Unscom). Ensuite, le gouvernement irakien n'a pas autorisé leur retour, les accusant d'espionnage, ce qui fut confirmé plus tard. L'an dernier, au Conseil de sécurité, Scott Ritter, ex-chef des inspecteurs, a déclaré que le désarmement était très largement réalisé. Les Etats-Unis ont dit qu'il subsistait des problèmes, particulièrement pour les armes biologiques. Bien difficile à vérifier, car on peut préparer de tels produits dans une cuisine! "

Et le comble est que ce sont les Etats-Unis qui ont utilisé des armes chimiques sur le terrain, il y a dix ans ! L'uranium appauvri, responsable du syndrome du Golfe auprès de militaires occidentaux (et partiellement de celui des Balkans), touche aussi massivement la population irakienne, particulièrement celle du Sud, une région que devait protéger les Etats-Unis.

" Il reste des tonnes de munitions à l'uranium appauvri dans les sables du désert", confirme Burghardt. "Dans le Sud, on constate cancers et malformations. En fait, tout le Sud est inhabitable. Le port de Bassora est à l'arrêt et pourrit. Cette ville de quatre millions d'habitants n'en compte plus que 1,75 million. En mars 2000, un colloque rassemblant les organisations internationales de la santé a constaté qu'à Bassora, 40 à 45% de la population étaient atteints du cancer ou allaient en être frappés."

En 1996, pour "soulager la situation", l'Onu adoptait le programme "pétrole contre nourriture" permettant à l'Irak d'exporter des quantités contrôlées de pétrole... Le but de ce programme - la survie minimale du peuple irakien - n'est pas du tout atteint. En trois ans, six milliards de dollars ont pu être consacrés à l'achat d'équipements pour l'agriculture, le traitement de l'eau, l'électricité, les installations pétrolières, les écoles primaires et supérieures, des aliments et des médicaments. Soit cent dollars par an et par personne pour vingt millions d'habitants. Il faut décompter 75 dollars pour l'alimentation. Restent 25 dollars par personne. Et l'Irak doit encore payer des dommages au Koweït, plus la présence des équipes humanitaires et de désarmement. En outre, Washington et Londres bloquent entre 1 et 1,2 milliard, particulièrement en ce qui concerne l'électricité, les communications et l'enseignement. De plus, le programme est saboté, car les éléments n'arrivent pas en même temps. Si vous avez des vaccins, mais pas de seringues, l'efficacité est nulle.

Toutes les ONG, les démocrates, les associations devront se mobiliser dans les prochains mois pour obliger le gouvernement belge et l'Europe à prendre position en pratique, en brisant le blocus. Le forum Irak du 20 janvier dernier qui a réuni plus de 700 personnes, 20 associations et des dizaines d'artistes est le premier pas de cette nouvelle mobilisation. Le peuple irakien n'attend pas de douces paroles, mais des actes des gouvernements pour lever l'embargo. Il est plus que temps...

David Pestieau

dpestieau@wol.be


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