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CONCORD : les ONG s'organisent
par Agnès Philippart
Policy & Communication Officer à CONCORD
Longtemps, il a été reproché aux ONG de développement d'être désorganisées et trop hétérogènes pour pouvoir dialoguer politiquement de façon coordonnée. Pour paraphraser Einstein : «L'univers politique n'aime pas le désordre». Dans une Europe toujours plus ouverte aux consultations et centralisant le pouvoir de décision, il devenait nécessaire de créer une représentation du secteur des ONG de développement et d'aide humanitaire.
C'est chose faite depuis le 30 janvier 2003. A la demande conjointe des ONG et de la Commission européenne, une confédération a été créée qui rassemble pour la première fois dans une association permanente les ONG d'urgence et de développement de l'Union européenne et de certains pays candidats. Avec ses 30 membres représentant environ 1200 membres, CONCORD est l'organisme de représentation officiel de ces ONG auprès de l'Union européenne. Il est soutenu financièrement par la Commission européenne à raison de 75 %, mais son autonomie financière devrait s'accroître au fil du temps.
CONCORD : la mission
CONCORD, dont le secrétariat est basé à Bruxelles, a pour mission d'assurer la représentation des intérêts du secteur, de coordonner les actions politiques des ONG et d'améliorer leurs capacités internes en créant des synergies de partage d'information et d'expérience. Pour ce faire, elle se base sur l'expérience de ses membres, mise en valeur au sein de groupes de travail permanents ou ad hoc.
La valeur ajoutée de la Confédération tient dans sa capacité à influencer le débat politique et la formulation des priorités de la coopération au développement et de l'aide humanitaire en présentant des positions communes, en monitorant et en lobbyant activement les institutions européennes. Rien d'étonnant dès lors à ce que les priorités de la Confédération rejoignent en partie l'agenda européen.
Responsabilité citoyenne
Outre sa mission de représentation auprès des institutions européennes, CONCORD est aussi une « tête de réseau politique ». Elle estime que les ONG ont une double responsabilité : celle que leur donne leur présence active dans les pays en développement et une responsabilité citoyenne par rapport aux opinions publiques et aux décideurs européens.
Tous les acteurs du développement le savent : les ONG peuvent apporter un regard pragmatique et professionnel sur l'impact des politiques de développement dans les pays bénéficiaires. Elles sont capables de réaliser un audit social avec l'aide de leurs partenaires des pays en développement, tant sur des projets mis en oeuvre par les gouvernements locaux que sur des politiques macroéconomiques. Présentes partout dans le monde, elles peuvent ainsi exercer cet audit social à une large échelle et orienter les gouvernements et les institutions internationales afin que leurs décisions répondent mieux aux besoins réels des populations. En Europe, leur statut d'organisations européennes leurs permet de demander aux politiques de rendre compte de leurs choix politiques.
Changer le Nord pour aider le Sud
CONCORD est régulièrement consultée par la Commission et le Parlement européens. Mais si la consultation fonctionne très bien à Bruxelles, CONCORD considère qu'elle doit également avoir lieu dans les pays en développement à travers des consultations communes réunissant la Commission européenne, les Etats membres de l'Union, les ONG européennes, les sociétés civiles et les gouvernements des pays en développement. C'est pourquoi CONCORD appuie la politique de dialogue et de déconcentration vers les délégations de la Commission européenne.
Seul un dialogue conjoint permet d'aborder des questions aussi fondamentales que : «Comment exercer une responsabilité citoyenne dans des sociétés où l'Etat de Droit est bafoué ?», «Quel type d'Etat peut-on bâtir quand la dette extérieure asphyxie les nations les plus pauvres ?», «Comment amener les politiques, les industriels et l'opinion publique à promouvoir des échanges économiques équitables ?».
Ce dialogue implique que les ONG occidentales repensent leur rôle par rapport à leurs partenaires du Sud, qu'elles adaptent constamment leurs capacités de conseil et d'accompagnement des sociétés civiles en développement. Ne nous le cachons pas, ces évolutions font l'objet de débats ouverts et parfois difficiles au sein même des différentes familles d'ONG.
Le froid vient de l'Est
Une autre situation mérite aussi toute notre attention : qu'adviendra-t-il de la coopération au développement suite à l'élargissement de l'Union européenne ? L'élargissement de l'Europe est évidemment un événement majeur dans la constitution d'une Europe stable et démocratique. Mais quelles seront les répercussions sur l'aide au développement de l'Union européenne ?
Dans un premier scénario, l'entrée des dix nouveaux Etats membres de l'Union pourrait, dans une stricte logique budgétaire, provoquer une diminution des crédits destinés jusqu'à aujourd'hui aux pays tiers. Dans un autre scénario, l'entrée de nouveaux membres dans l'Union européenne pourrait renforcer l'effort communautaire d'une Europe à vingt-cinq vis-à-vis du reste du monde. Dans ce contexte, il faut que la société civile européenne veille dans les prochaines années à une évolution positive des budgets de développement et d'aide humanitaire.
Globalisation ...
Comme l'indiquait James Rosenau dès 1988 dans sa théorie systémique appliquée aux relations internationales, notre monde est devenu multipolaire. Les nouveaux «blocs» ne s'affrontent plus, ils dialoguent, nouent des alliances. Ces blocs sont géographiques, mais aussi sectoriels. Il s'agit de la communauté des ONG, des grandes religions, des Etats, des organisations supranationales gouvernementales, des multinationales, des syndicats, des blocs économiques issus des accords entre plusieurs pays, etc.
La structure de notre monde a changé. Et si les problèmes restent les mêmes, les causes sont différentes. La globalisation des sphères politiques, économiques, sociales et communicationnelles les rendent systémiques. Ils ne peuvent plus être traités individuellement. Les solutions doivent contenir une évaluation de leur impact sur le système environnant et la preuve de leur durabilité. Il faut faire preuve d'imagination et trouver de nouvelles réponses qui incluent également une réflexion sur les équilibres macros.
Dans le cadre de la globalisation des échanges, de nouvelles synergies doivent se mettre en place entre acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux. Il est évident qu'aucune ONG ne possède les moyens de développer ces deux types d'actions à une échelle planétaire. Seule la cohérence d'actions concertées entre ONG et partenaires de la société civile permet d'y arriver. La science économique a inventé l'effet de levier et l'économie d'échelle pour développer une société marchande. Il est temps que la société civile s'empare des mêmes outils pour bâtir une société où les valeurs sociales soient au centre des préoccupations. Cet outil, c'est celui des synergies d'influence.
Les ONG ont tout intérêt à devenir des opérateurs politiques au service de leurs propres intérêts et des sociétés civiles. C'est à ce prix qu'elles peuvent récupérer leur crédibilité politique et améliorer leur image auprès des autorités et du public que leur instrumentalisation et leur institutionnalisation ont remises en cause.
... et opinion publique
Il est nécessaire de renforcer les alliances entre les différentes organisations civiles au niveau mondial, mais aussi d'obtenir le soutien de l'opinion publique. Or, le rôle d'éducation au développement des opinions publiques européennes est de plus en plus difficile à exercer. Pourtant il est plus que jamais nécessaire, car tant au sein des institutions, que des organisations civiles ou des firmes commerciales, une nouvelle génération d'universitaires pratiquent une politique de réseaux et d'alliances opérationnelles. Ils ne sont pas dans une optique de contestation, mais de consensus. Ayant vu la faillite des idéologies partisanes ou confessionnelles, ces futurs décideurs les ont remplacées par une réflexion individuelle sur les moyens d'assurer le bien-être humain, que ce soit par des stratégies économiques néolibérales ou dans une optique sociale-démocrate. Le clivage n'est plus vertical, il est horizontal et perfuse toutes les catégories de la société. La quête du sens existe. Il faut maintenant la nourrir.
Agnès Philippart
secretariat@concordeurope.org
www.concordeurope.org
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