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Les coopératives comme facteur
de développement
par Alphonse Longbango Ngbandoma
Juriste, coordonnateur de l'Association pour le Volontariat Droits au Progrès social (AVODPS ASBL) et Expert Coordonnateur de Programmes au Comité des Droits de l'Homme et Développement (CODHOD).
En portant notre attention sur le milieu rural, nous pouvons estimer que ce secteur est d’une grande importance pour l’économie congolaise, car près de 70% de la population du pays vivent dans ce milieu. On sait par ailleurs que ce milieu souffre d’un manque d’organisation… (1)
Le milieu rural souffre d’un manque d’intégration des politiques sectorielles se rapportant aux conditions de vie de la population et englobe des questions touchant la sécurité, l’habitat et le logement, la santé et l’assainissement, l’approvisionnement en eau potable, la disponibilité des biens de première nécessité, l’éducation et la formation, l’information et la communication, l’organisation sociale (groupement des producteurs, association des femmes, des jeunes, loisirs, accès au crédit, etc.) (2).
Or, les personnes rurales sont les plus touchées parmi les victimes de la pauvreté dans le monde en général et dans les pays en voie de développement en particulier. En effet, les paysans vivent principalement de l’agriculture traditionnelle qui consiste à déboiser et à brûler les champs avant de les cultiver. Cependant, les rendements de ces principales cultures sont faibles,… Les productions vivrières sont insuffisantes et les revenus monétaires que ces agriculteurs tirent des productions de rente ne leur permettent pas de subvenir à leurs besoins de santé, de scolarité des enfants,… Aucun mécanisme favorisant les facteurs de production et la commercialisation des produits agricoles de toute la population n’existe dans le pays. En outre, le peu de produits vivriers de rente pourrissent dans les campagnes ou les villages faute d’écoulement au centre de consommation.
Le besoin s’est fait sentir de rechercher une voie différente, une troisième voie dans laquelle les coopératives de production seraient en mesure de jouer un rôle important dans le développement socioéconomique (3).
La théorie des coopératives a pris naissance en Europe vers le XIXe siècle dans les pays industrialisés pendant les années de crise consécutive à la révolution industrielle à un moment où l’assistance sociale et le crédit n’existaient pas, et à cause des salaires les plus bas qui étaient alors alloués. Cependant, si certaines coopératives prirent la forme d’association populaire au même titre que le syndicat ou la mutualité, d’autres se dirigèrent vers l’association de consommation et l’association ouvrière de production… (4)
Les coopératives constituées en République démocratique du Congo ont été considérées par la législation congolaise comme des sociétés commerciales constituées par les associés, au nombre minimum de sept, dont les parts sociales, nécessairement représentatives du capital de la société, sont inaccessibles aux tiers. La coopérative se compose donc d’associés dont le nombre et les apports sont variables (5).
En règle générale, les coopératives peuvent revêtir différentes formes, à savoir : coopérative de production rurale, coopérative de production et de consommation dite mixte, coopérative de consommation et de commerçants, coopérative artisanale, coopérative d’épargne et de crédit…
Le choix de la coopérative de production se justifie du fait qu’elle est très peu restreinte dans ses activités et cela dans presque tous les secteurs. La coopérative de production s’efforce d’éviter la spéculation sur la main-d’œuvre, parce que les ouvriers, associant leur travail, sont appelés à recevoir en fin d’exercice si l’année fut prospère, une ristourne qui, dans une autre entreprise, serait le profit de l’employeur ou le bénéfice distribué à des actionnaires. Il en est de même dans la coopérative de commercialisation.
Les coopératives de production et de commercialisation s’occupent de l’écoulement des produits agricoles au meilleur prix par le groupement des productions. A cela, elles ajoutent un aspect industriel de transformation et de conditionnement du produit. Et enfin, elles organisent l’utilisation des machines en commun, notamment pour la préparation du sol avant la mise en culture. Nous voulons démontrer ici que lesdites coopératives peuvent apparaître comme un élément de la stratégie de lutte contre la pauvreté en milieu rural.
La pertinence de la coopérative de production
par rapport au milieu rural
La coopérative de production est une solution possible aux problèmes du développement du milieu rural. Les évêques du Congo ont déjà évoqué cet aspect en disant que tout effort consenti pour amener les communautés rurales à participer à leur développement doit passer par l’animation et l’autopromotion entendue comme une conviction acquise ensemble en réfléchissant et en agissant (7). L’animation et l’éducation coopérative répondent mieux à ces attentes. En effet, l’animation-participation amènera la population rurale à se poser des questions sur ses conditions de vie et à proposer des solutions qu’elle estime adéquates.
En outre, les membres de la coopérative peuvent être formés d’une manière permanente aux techniques de production, de commercialisation et de gestion ainsi que de comptabilité. Il faut aussi noter que la nature des problèmes dont s’occupe la coopérative de production touche aux secteurs vitaux de la vie économique de la population rurale comme la production vivrière, la production agroindustrielle de ladite coopérative, la création des emplois ruraux, l’augmentation des revenus ruraux et donc l’amélioration de l’agriculture. La coopérative de production peut enfin toucher le domaine technique de l’investissement et de l’infrastructure, car elle s’occupe de l’écoulement et de la vente de la production de ses membres.
Ainsi donc, la création, l’établissement et la croissance de la coopérative de production doivent être considérés comme des facteurs importants du développement économique, social et culturel, ainsi que de la promotion humaine, dans le milieu rural.
Notre étude a porté sur la création de coopératives de production comme stratégie d’une approche de développement en milieu rural. C’est dans ce milieu en effet que la pauvreté a pris des proportions inquiétantes, contrastant fortement avec les potentialités naturelles du pays. En outre, nous avons démontré le poids des activités relevant du rural dans l’ensemble de la production économique du pays (7). A cet égard, notre analyse a démontré que l’approche du développement communautaire doit être globale et opérationnelle, c’est-à-dire qu’elle ne doit pas s’attacher à un problème spécifique, mais à une situation totale, où les différents aspects techniques interviennent de manière interdépendante.
Ainsi, nous avons considéré la coopérative de production comme étant une organisation de développement qui entend opérer, à partir des aspirations et des besoins de la population rurale, une reconversion des techniques, des institutions et des valeurs, en vue du développement en milieu rural.
Mais il ne suffit pas seulement de créer des institutions nouvelles ou d’introduire des techniques modernes dans une société traditionnelle. Il faut encore que ces innovations soient acceptées et que les valeurs qui président à leur fonctionnement soient intériorisées par les membres de ladite société en développement.
Cependant, nous avons signalé plusieurs difficultés ou obstacles qui freinent le développement économique et social de la collectivité. Nous avons cité entre autres les méthodes et techniques agricoles qui sont restées traditionnelles, à savoir la culture itinérante sur brûlis : assolement, rotation des cultures suivie de longues ou courtes jachères.
Il faut aussi ajouter l’impossibilité pour les paysans d’obtenir du crédit agricole, alors qu’ailleurs, les Occidentaux subventionnent leurs agriculteurs. En outre, le mauvais état du réseau routier et le manque d’un marché adéquat pour la vente des produits agricoles n’ont pas échappé à notre analyse.
Dans l’étude de faisabilité, nous avons tenu compte de trois préalables : le système éducatif, l’intégration de la coopérative dans le système d’activités existant et la promotion d’un système bancaire chargé d’accorder des crédits agricoles tout en fournissant des intrants. La coopérative organisera aussi le marché de vente des produits agricoles des coopérateurs.
La création de coopérative de production en milieu rural étant un processus de changements socioculturels guidés, elle tendra à susciter dans la collectivité de base des aspirations et des besoins de développement, à orienter la motivation et les attitudes vers le progrès social et à favoriser des organisations nouvelles qui soient adaptées tant à la compréhension de la population qu’aux exigences d’une civilisation technique.
Alphonse Longbango Ngbandoma
Cet article est extrait d'une étude détaillée sur la pertinence du développement des coopératives de production dans le milieu rural congolais.
(1) MWABILA MALELA, C., Théorie et pratique coopérative, condensé du cours, FASE, Année académique, 2002-2003, p.3. « « df »
(2) Idem, p.29.
(3) DERRICK, P., « Worker’s Cooperatives in Europe », Review of International Cooperative, vol.75, n°2, Paris, 1982, p.48.
(4) ANTONI, A., « Les coopératives ouvrières de production en France », Annales de l’Economie collective, n°527-530, mai-août 1957, Paris, p.354.
(5) Article 141 des lois coordonnées belges sur les sociétés commerciales et article 164 de la loi belge du 20 juillet 1991 ; décret du 23 mars 1921 et décret du 16 août 1949 tel que modifié par le décret du 24 mars 1956.
(6) XXXIe Assemblée plénière de l’Episcopat du Zaïre, Op. cit, p.19.
(7) MWABILA MALELA, Op.cit, p.3.
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