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| La solidarité numérique par Djilali Benamrane Economiste - chercheur à BPEM La communauté internationale a pris coutume de marquer sa préoccupation, au regard de telle ou telle situation inacceptable qui affecte le monde, en convoquant des sommets mondiaux dont elle confie l’organisation à l’ONU. Le premier sommet du vingt et unième siècle, organisé en septembre 2000, a été celui du Millénaire, au cours duquel les grands de ce monde ont adopté, dans un faste sans précédent, les Objectifs de développement du millénaire (ODM). A cette occasion, l’ambition affichée était de réduire de moitié, à l’horizon 2015, l’état de pauvreté indigne et inhumaine dont souffre une bonne partie de l’humanité. Depuis, un second sommet mondial s’organise de façon originale en deux étapes et en deux lieux (Genève en décembre 2003, puis Tunis en novembre 2005), pour soigner les dysfonctionnements dans les conditions d’accès à l’information et à la communication, le Sommet mondial de la société de l’information (SMSI). Ce sommet a aussi innové dans la mesure ou les États et les organisations intergouvernementales (OIG) qui en dépendent, habituellement animateurs exclusifs de telles rencontres, ont accepté de considérer le secteur privé et la société civile comme nouvelles parties prenantes dans le cadre d’une alliance d’un genre nouveau : le Pacte global multipartenariat, quadripartite, cher au secrétaire général de l’ONU. Les résultats obtenus lors de la phase de Genève du SMSI ont été pour le moins mitigés : désaccord persistant entre les positions gouvernementales et celles de la société civile, avec deux Déclarations de principes distinctes et le report des discussions délicates sur la gouvernance de l’internet et sur les besoins de financement pour atténuer le fossé numérique au rendez-vous de Tunis. Entre Genève et Tunis, des conférences préparatoires dont la seconde (PREPCOM-2 Genève, février 2005) auront permis aux promoteurs du Fonds de solidarité numérique (FSN) d’arracher par miracle un accord pour la mise en place d’un modeste mécanisme digne du misérabilisme dans lequel sont confinées les populations victimes de la pauvreté en général et du fossé numérique en particulier. Un accouchement dans la douleur Le 14 mars 2005 a enfin eu lieu la séance inaugurale du FSN en présence notamment des présidents Obasanjo du Nigeria, en qualité de président de l’Union africaine, et Wade du Sénégal, en qualité de chargé des technologies de l’information et de la communication (TIC) au sein du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Le rôle de ce dernier aura été déterminant dans le pilotage laborieux du processus. Durant deux bonnes années, le projet de statut du FSN n’a cessé d’évoluer, avec toujours moins de prérogatives et toujours moins de moyens.Le président Wade, porte-parole de l’Afrique et du NEPAD, aura été de toutes les batailles, avalant les couleuvres l’une après l’autre par rapport à ses ambitions premières. Il aurait voulu en faire un mécanisme d’inspiration africaine voire sénégalaise, à vocation universelle, à l’exemple des institutions onusiennes, indépendant de l’aide publique au développement, au service des impératifs du secteur privé opérant dans les conditions des lois du marché. Les rapports de force au sein de la représentation de la communauté internationale au Prepcom-2 de Genève en ont fait un mécanisme financier «novateur», fonctionnant grâce à des contributions volontaires, provenant des seuls partenaires intéressés. Le mécanisme retenu est de droit suisse, logé à Genève et non en Afrique, géré et surveillé principalement par des personnalités suisses. Il servira de complément aux autres mécanismes existants, en charge du financement de la lutte contre la pauvreté et les fossés qui s’approfondissent entre le Nord et le Sud dans tous les secteurs, y compris celui du numérique. Le FSN aura en réalité un statut de modeste microinstitution devant concentrer ses efforts sur les besoins urgents et spécifiques ressentis au niveau local, de préférence dans les pays affectés par le fossé numérique. Il sera davantage un mécanisme au service des pouvoirs locaux comme pour restreindre son champ d’intervention, minimiser les attentes en matière de solidarité numérique internationale et récompenser les implications des nombreuses capitales et villes de toutes dimensions qui ont accompagné le processus de sa création. Des défis insurmontables pour l’avenir Le traitement du fossé numérique dans ses dimensions nationales, régionales et internationales, devrait passer par un repositionnement du déficit d’accès aux moyens d’information et de communication par rapport aux autres fossés devant être traités en amont ou en parallèle (infrastructures, formation, renforcement des compétences, éducation, santé, etc.).L’information et la communication, objets centraux du déficit numérique, mériteraient une approche du genre biens publics à l’échelle mondiale, pour autant que l’on vise à faire bénéficier les populations pauvres, précaires, sans ressources, de leurs droits d’expression reconnus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.Le Fonds dit mondial de solidarité numérique est loin de répondre à ces défis, d’ailleurs il ne lui est pas demandé de s’en préoccuper… Djilali Benamrane
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