EDITORIAL
Numéro 27 -Trimestriel
Décembre 2004
Janvier - Février 2005



Tsunami,
l'urgence durable?


par Eddy Pennewaert


« Tsunami » : un mot dont – la plupart d’entre nous – nous ignorions encore la signification jusqu’à la catastrophe du 26 décembre. Un mot terrible qui a déferlé dans nos consciences d’humains, au prix de plus de 300.000 vies. Un mot qui a soulevé un formidable élan humanitaire et une mobilisation exceptionnelle, ici, là-bas, partout, spontanément, sans réserve. Du jamais vu !
Tsunami, un mot qui suscite aussi de nombreuses questions.
Aux sceptiques, à tous ceux qui doutent de la nature humaine, on peut aujourd’hui opposer des chiffres faramineux et affirmer qu’un monde plus solidaire, matériellement du moins, est toujours possible. Des preuves, sonnantes et trébuchantes, se comptent en centaines de millions d’euros ; quant aux heures données par les secouristes, les militants, les militaires et les bénévoles, elles ne se comptent plus. Et, vu l’ampleur de la mobilisation et l’implication émotionnelle des opinions publiques du monde entier, la rigueur et la transparence étaient cette fois de mise. Certes, on peut se demander pourquoi ces morts-là ont ému le monde entier, par delà tous les obstacles politiques et religieux, par delà les frontières et les différences culturelles, alors que les victimes du Darfour, celles de la malaria ou du sida en Afrique, ou encore les quelque quarante millions de personnes qui mourront de faim en 2005 sont condamnées à l’indifférence quasi générale. Sans compter le milliard de laissés-pour-compte qui survivent sur cette terre dans un état de pauvreté et une détresse insoutenables. On peut aussi se demander quelle fut la véritable motivation de certains opérateurs média à couvrir comme ils l’ont fait cette catastrophe-là, ou pourquoi les militaires américains ont montré tant d’empressement à intervenir à Aceh… Il ne serait pas inutile non plus, au vu du surprenant — et récurrent — refus d’assistance exprimé par l’Inde, de peut-être reconsidérer notre conception unilatérale et interventionniste de l’aide humanitaire.

L’effroyable cocktail « tsunami » — une grosse catastrophe naturelle, plusieurs pays touchés, à un moment de l’année propice à la compassion, une médiatisation en boucle et des  « morts au kilomètre » 1 à ne plus savoir les compter  —  a parfaitement fonctionné. Les médias se sont surpassés. Les politiques, les militaires et la société civile n’étaient pas en reste. Tout le monde se sentait concerné et, chacun à son niveau, a fait ce qu’il croyait devoir faire. En soi, c’est une très bonne nouvelle. Nous savons maintenant qu’il est possible d’actionner le levier de la solidarité efficacement à une grande échelle, dans l’urgence. Paradoxalement, pour le long terme, pour le « développement durable », c’est une tout autre histoire.


1 Règle informelle en journalisme qui consiste à lier proportionnellement l’importance d’un événement éloigné au nombre de ses victimes…


Sommaire

La coopération européenne
(Thème)

L'universalité
des droits de l'homme
(International)

Le sida
(Biens publics)

Microcrédit
(Economie)

Les visas,
obstacles à la culture
(Opinions)

Le commerce équitable
(Confrontations)

L'engagement international
du théâtre-action
(Cultures)

L'UE
et l'Amérique latine
(Europe)
Une information
indépendante
a un prix !

Abonnez-vous!

( 9 euros pour un an
4 numéros )




Retour au dernier numéro en ligne