EDITORIAL
Numéro 25 -Trimestriel
Juin - Juillet - Août
2004



Le patrimoine immatériel

par Eddy Pennewaert

La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a été adoptée par la 32e session de la Conférence générale de l'UNESCO, le 17 octobre 2003.

Depuis, quatre pays seulement – l’Algérie, Maurice, le Japon et le Gabon – ont approuvé, accepté ou ratifié cette convention (1). Il est vrai qu’en matière d’accords internationaux, le temps semble une donnée dérisoire, malgré l’urgence de certaines situations… 

En 1973 déjà, dans la foulée de l’adoption de la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, la Bolivie, dépassant le concept du patrimoine strictement matériel, présentait à l’UNESCO une proposition de réglementation concernant la protection et la promotion du folklore. Dix ans plus tard, la notion de « patrimoine immatériel » était utilisée pour la première fois par l’UNESCO… En 1989 apparaissait la Recommandation sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire, laquelle porte d’ailleurs plus sur les « produits culturels » que sur les pratiques et les praticiens.

On ne reprendra pas ici la liste des séminaires, colloques, tables rondes, etc. qui furent organisés depuis 1995 par l’UNESCO aux quatre coins de la planète pour finalement aboutir à une proposition de texte acceptable. On ne relèvera pas plus les divergences sémantiques, parfois importantes, apparues autour des notions de patrimoine vivant ou immatériel, tant est criante l’urgente nécessité de les « sauvegarder ». Enfin, on ne s’indignera pas non plus de l’extrême lenteur de l’UNESCO, ni de son coût prohibitif ! A sa décharge, on se rappellera que la maison mère, l’ONU, n’est pas plus performante, et qu’il faut quantité de réunions pour mettre un certain nombre d’États d’accord sur des résolutions qui le plus souvent ne sont pas appliquées. Et pourtant, on n’a pas trouvé jusqu’ici meilleure formule pour que l’humanité progresse ensemble, même à tout petits pas… Toutefois, aucune convention n’aura de sens sans l’application de mesures concrètes. Plus qu’une question de coût, la sauvegarde –et la promotion !–  des patrimoines immatériels restent d’abord une question de volonté et de choix politiques, de respect et de reconnaissance des différences et des identités (2)… Ceci expliquant cela, tous les pays défendront-ils avec le même zèle les patrimoines immatériels ou « vivants » de leurs turbulentes minorités ? Espérons que le cadre juridique qu’offre cette Convention insufflera l’espoir à tous les peuples en voie d’acculturation. Et peut-être contribuera-t-elle à sauver ce qui peut encore l’être...       


(1). La Convention entrera en vigueur pour les États signataires trois mois après la trentième ratification, acceptation, approbation ou adhésion. Au premier octobre 2003, l’organisation comptait quelque 190 pays membres. www.unesco.org
(2). Le patrimoine culturel immatériel. Les enjeux, les problématiques, les pratiques. Internationale de l’imaginaire – Nouvelle série – N°17. Babel, Maison des Cultures du monde, 2004.

Sommaire

Le populisme latino-américain
(Thème)

L'Indonésie
(International)

La santé mondiale
(Biens publics)

L'activisme actionnarial
(Economie)

Le droit coutumier
(Droit)

Le commerce équitable
(Opinions)

L'Afrique oubliée
du 6 juin
(Confrontations)

Le livre équitable
(Cultures)
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