EDITORIAL
Numéro 23 -Trimestriel
Décembre - Janvier - Février
2004



Nationalismes
humanitaires?


par Eddy Pennewaert


La collusion presse et politique, autant que politique et argent, est régulièrement démontrée et dénoncée… et rien n’y change ! Prenons la télévision par exemple, puisque la puissance de l’image et son culte nous en impose le règne, quoi qu’on en dise… Citadelle bien gardée, elle se montre populaire, mais fixe seule les règles d’accès à la diffusion. Les émission poubelles – sur les chaînes publiques, comme sur les chaînes privées – où tout un chacun va vendre aujourd’hui en prime time sa camelote, se multiplient au point d’en déborder presque jusque dans nos assiettes ; et les tunnels de publicités entrecoupés des résultats du lotto et des caprices de la météo achèvent d’abrutir n’importe quel téléspectateur, aussi résistant soit-il.  

Il est bien difficile aujourd’hui pour un citoyen ordinaire, qui cherche simplement à s’informer au quotidien de l’état de décomposition de notre vaste monde, de trouver une information vraiment fiable, complète, et « honnête » , du moins dès qu’il refuse de ne s’en tenir qu’à une seule source. Faites donc l’exercice de zapper les différents journaux télévisés, un jour avec ou sans histoire, un jour banal et meurtrier, comme la plupart des jours. Les titres sont sur l’essentiel identiques, les images aussi, le montage diffère parfois et les commentaires n’en parlons pas… Même si on ne soulignera jamais assez les efforts déployés par certaines chaînes et certains journalistes pour tenter d’inverser cette affligeante tendance à l’uniformisation – gare à la généralisation et à l’amalgame – force est d’observer dans l’univers cathodique la superficialité et la « factualité » de l’information, sa soumission à la pensée dominante et sa dangereuse faculté structurelle à banaliser l’inacceptable. Tout cela est plus ou moins connu et régulièrement brandi avec plus ou moins d’indignation. Pour le principe ou l’alibi. Une seule chose diffère vraiment, d’une chaîne à l’autre : les nationalismes sous-jacents, soigneusement entretenus, même là où on les attend le moins. Si on sait exactement à quoi s’en tenir avec des équipes qui s’affrontent sur les pistes du Dakar ou sur un terrain de football, on aurait pu imaginer que dans des domaines plus subtils ou plus vitaux, comme la culture, le social ou l’humanitaire, les identités nationales seraient mises en veilleuse et ne feraient pas l’objet de cette concurrence absurde qui gagne le monde entier… Erreur ! Les humanitaires – ou les militaires, on a un peu de mal à les différencier aujourd’hui – entrent eux aussi en compétition, par médias nationaux interposés, même au milieu des gravats et des victimes, comme à Bam ! A chaque pays sa course aux rescapés…

Pacifier les opinions publiques par l’abrutissement tout en entretenant suffisamment de nationalisme de clocher pour flatter les ego du bon peuple, du politique et des bailleurs de fonds… Voilà la recette et le programme. Gageons qu’en marge de l’actualité officielle, les nouvelles technologies de l’information et la toile pourront relever d’autres défis. Des résistances émergent déjà, et l’information aujourd’hui se trouve, pour qui la cherche.

Sommaire

Défédéraliser en 2004?
(Thème)

PAC & souveraineté alimentaire
(Europe)

Elections au Rwanda
(International)

Information et communication
(Biens publics)

Mexique et migration
(Economie)

La tragédie irakienne
(Opinions)

Cinéma colonial
(Cultures)
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