EDITORIAL
Numéro 22 -Trimestriel
Septembre - Octobre - Novembre
2003



Troubles en Bolivie

par Eddy Pennewaert


Après plusieurs semaines d'une opposition tenace, «la rue» aura finalement eu raison du président bolivien Gonzalo Sanchez de Lozada, aujourd'hui en exil aux Etats-Unis... De cent à trois cents personnes auront cependant payé de leur vie le bras de fer qui les opposa au pouvoir présidentiel, officiellement pour une affaire d'exportation de gaz via le voisin chilien, « l'ennemi » historique.
Mais, au-delà d'une vielle animosité territoriale opposant les deux pays depuis plus d'un siècle (1879), ces émeutes ont révélé une surdité et une prétention de la classe dirigeante vis-à-vis des revendications de la population dont des élections anticipées qui tiendraient peut-être enfin compte du résultat des urnes... On pourrait en effet interpréter l'éviction du président Sanchez de Lozada (démocratiquement élu en juin 2002 par le Congrès, lui-même élu démocratiquement) comme un acte profondément antidémocratique relevant d'un manque de maturité politique de la population bolivienne, ou du moins d'une partie de celle-ci. Il n'en est rien. En fait, si le paysage politique de la Bolivie donnait au monde l'apparence d'une démocratie, c'était oublier un peu vite que l'actuelle coalition gouvernementale (1) avait été bidouillée au lendemain du scrutin sous les injonctions de l'ambassadeur des Etats-Unis à La Paz, uniquement pour écarter du pouvoir les réels vainqueurs des élections, les Indiens. Des Indiens qui, bien que majoritaires dans le pays, attendent depuis des lustres le simple droit d'être entendus...

Il y a trois ans déjà, une tentative de privatisation de l'eau avait soulevé le monde rural bolivien, faisant plusieurs dizaines de morts. Quand on cessera de considérer l'Etat comme une entreprise privée dont les actionnaires sont les élites dirigeantes - les seules d'ailleurs à toucher des dividendes ! la démocratie cessera d'être une farce !

Un peu partout sur le continent sud-américain aujourd'hui, les populations indigènes s'organisent, quand elles ne se soulèvent pas !, et optent - le plus souvent par les urnes - pour des politiques, certes parfois « populistes », radicalement en rupture avec le modèle néolibéral imposé par le puissant voisin nord-américain. Au Venezuela, le président Hugo Chavez, fort de son soutien populaire, a déjoué un coup d'Etat fomenté par la CIA (avril 2002) et maintien sa politique de l'énergie. En Equateur, Edwin Lucio Gutierrez, porté en novembre 2002 à la présidence grâce à l'appui massif des communautés indiennes jusqu'alors exclues du jeu politique, entame des réformes très attendues. Au Brésil, Luiz Inacio da Silva, dit « Lula », surfe entre ses promesses électorales, les besoins immenses de la population brésilienne et l'équilibre économique d'une « real » politique... Mais, trop occupés à guerroyer en Afghanistan et en Irak et à y stabiliser leurs intérêts pétroliers, les Américains laisseront-ils pour autant plus de la moitié de l'Amérique du Sud mettre démocratiquement le cap... à gauche ?


(1) Coalition regroupant principalement le MNR (parti du président) et le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) pour écarter le MAS (Mouvement pour le socialisme), à forte dominante indienne.

Sommaire

Les nouveaux pouvoirs
(Thème)

CONCORD, confédération d'ONG
(Europe)

La société civile congolaise
(International)

La santé pour tous, ou pour personne...
(Biens publics)

L'émergence de la microassurance en Afrique
(Economie)

Cancún vu du Sénégal
(Opinions)

L'échec de l'OMC à Cancún
(Confrontations)

Dynamique des associations belgo-immigrées
(Cultures)
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