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Numéro 18 -Trimestriel
Septembre - Octobre - novembre 2002
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L'impertinence
du NEPAD
par Eddy Pennewaert
«Des millions d'Africains sont aujourd'hui menacés de famine. La tragédie du sida diminue l'espérance de vie de manière dramatique. Un peu partout en Afrique, c'est la misère, la violence et -trop souvent et surtout- le désespoir. Le NEPAD (ndlr : Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) est porteur d'un espoir neuf, et nous ne pouvons pas le laisser échouer faute de soutien extérieur. Nous devons nous mobiliser tous pour le soutenir. Le volume de l'assistance à l'Afrique est totalement insuffisant. Pire encore, l'Afrique ne reçoit qu'un quart environ de l'aide des pays de l'OCDE et du système des Nations unies, ce qui est bien inférieur à la part de l'aide au développement qui devrait lui revenir si nous prenons au sérieux l'objectif du Millénaire de réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici à 2015.»
Ces propos (1), nous ne les devons ni à un leader d'une ONG de développement ni à un chef d'Etat africain. Ni l'un ni l'autre aujourd'hui n'oseraient prendre un tel risque. L'échéance est trop proche et chacun sait qu'à l'horizon 2015, il y a fort à parier que la situation ait empirée, exactement comme elle l'a fait ces vingt dernières années durant lesquelles la pauvreté dans le monde a ... augmenté de 50% ! Depuis Cancun, en 1981, malgré la pléthore de magnifiques déclarations des grands de ce monde, du Nord et du Sud, la pauvreté, en effet, n'a cessé de progresser... Et quand bien même l'ONU arriverait-elle à atteindre seulement la moitié de l'objectif pour 2015, on ne serait jamais qu'à la case départ, trente-cinq ans plus tard... Par ce tout nouveau concept, une fois encore on joue les prolongations, on gagne du temps et on tente de noyer le poisson... et ça marche, pour l'instant. Avec le NEPAD, aujourd'hui, les dirigeants africains s'engagent eux-mêmes à pratiquer la « bonne gouvernance » (une manière toute diplomatique de reconnaître que ce n'était pas le cas jusqu'ici) et à mettre en oeuvre de meilleures politiques économiques, en contrepartie d'un accroissement de l'aide et de plus d'échanges avec les pays les plus riches... La pauvreté est donc, une fois de plus, réduite à une affaire de commerce, de libre échange, bref de gros sous. Le NEPAD, pas moins que le nouvel Accord de Cotonou (2), poursuit avant tout des objectifs commerciaux. Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, entre deux réunions probablement passées à préparer la prochaine guerre contre l'Irak, a été on ne peut plus clair en précisant que les cinq milliards de dollars annuels supplémentaires promis par les Etats-Unis pour l'aide au développement « iront aux nations en voie de développement qui gouvernent sagement et honnêtement, et qui suivent des politiques économiques encourageant les entrepreneurs »... Il eût été honnête de préciser également « et qui suivront la politique américaine », par exemple sur la question du tribunal international...
Quand comprendra-t-on « au Nord » que, plus que de l'aide - comme l'a d'ailleurs rappelé récemment Amani Toumani Touré, président de la République du Mali (3) - , les pays pauvres ont besoin de... justice ?
1) Extrait du discours du ministre des Affaires étrangères Louis Michel, à l'Assemblée générale de l'ONU, le 16 septembre 2002.
(2) Lire en page 6 l'article d'E.Rydberg sur l'Accord de Cotonou.
(3) Le Monde, 12 septembre 2002.
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