EDITORIAL
Numéro 16 -Trimestriel
Mars - Avril - Mai
2002


Monterrey ou
l'immobilisme onusien

par Eddy Pennewaert

Le secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan, n'avait pourtant pas ménagé ses efforts pour promouvoir sa conférence sur le financement du développement qu'il annonçait comme « le forum économique le plus important des vingt dernières années ». Tout au plus retiendra-t-on de cette rencontre, qui eut lieu en mars au Mexique, à Monterrey, une mainmise accentuée sur les pays du Tiers-Monde... D'ailleurs, par une entourloupe inédite dans les annales de l'ONU, tout avait déjà été décidé en commission, bien avant la conférence. La déclaration finale, non amendable, fut appelée sans ironie «Consensus » de Monterrey.

Il y a vingt ans déjà, lors d'un autre sommet Nord-Sud, la communauté internationale s'était fixée pour objectif de créer un «nouvel ordre économique mondial »... C'était également au Mexique, à Cancun, en 1981. En 2000, au Sommet du Millénaire, les Nations unies s'engageaient, notamment, à réduire la pauvreté dans le monde de moitié d'ici... 2015 !

Les déclarations des Nations unies regorgent de bonnes intentions, mais les résultats se résument en un seul chiffre : en vingt ans, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté a augmenté de 50%. Ce sont donc 40% pour cent de la population mondiale, soit 2,4 milliards de personnes, qui survivent aujourd'hui avec deux dollars par jour, ou moins ! De sommet en sommet, l'écart entre les pays riches et les pays pauvres n'a cessé de se creuser, mais le cercle très restreint des Etats donateurs qui tirent les ficelles repousse toujours les échéances, non sans la complicité monnayée des gouvernements des pays les plus démunis... A Monterrey, M. George W. Bush a généreusement annoncé qu'il augmenterait progressivement l'aide publique américaine pour « faire diminuer la pauvreté » et «accroître le commerce»... Une promesse de quelques milliards de dollars qui aura permis aux Américains de verrouiller tous les débats. Les Européens, quant à eux, se sont engagés à porter l'effort à 0,39% du PIB d'ici à 2006. L'horizon des 0,7 % - une autre vieille promesse - sera probablement l'objectif sémantique d'une énième conférence... dans une autre bonne vingtaine d'années. A moins que d'ici là, la pression grandissante de ce grand courant citoyen mondial amorcé à Porto Alegre ne bouleverse un jour radicalement la donne internationale et l'establishment onusien.

Au sommet de Monterrey, les dés étaient pipés. L'annulation ou l'allègement de la dette, la taxe Tobin ou encore les bien publics à l'échelle mondiale n'étaient pas à l'agenda et aucune décision avec effet immédiat n'a été prise. Comme si l'urgence de la situation pouvait aussi être dissimulée derrière ce mur que les Mexicains ont construit à la hâte le long du trajet emprunté par les diplomates pour leur épargner la vue des bidonvilles...

Entre la langue de bois et les déclarations d'intention, les intérêts des puissants et la soumission des autres, le Consensus de Monterrey a démontré une fois encore l'indéfectible immobilisme onusien et l'inaptitude structurelle des Nations unies à faire face à leurs engagements.

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