EDITORIAL
Numéro 15 -Trimestriel
Décembre 2001
Janvier
- Février 2002



Rien n'a changé

par Eddy Pennewaert

"Ce ne sera jamais plus pareil après le 11 septembre..."
Combien de fois n'avons-nous pas entendu depuis cette sinistre journée cette phrase prophétique ? Mais, au fait, qu'est-ce qui ne sera plus jamais pareil ?
Les talibans ont été dégommés du pouvoir à Kaboul, la bande à Oussama Ben Laden - nous assure-t-on - a été réduite en bouillie, et le terrorisme international traqué et combattu à l'unisson partout dans le monde, jusque dans les derniers recoins secrets des honorables banques suisses ou londoniennes... S'il n'y avait toutes ces victimes, les innocentes surtout, on pourrait presque rire d'une telle farce.

De qui se moque-t-on ?
Les moudjahidins de l'Alliance du Nord sont-ils vraiment plus fréquentables que les talibans ou seulement moins intransigeants vis-à-vis de la construction des oléoducs qui traverseront demain l'Afghanistan ? Et ces fameuses preuves, n'incriminent-elles réellement qu'Oussama Ben Laden et ses sbires d'El Qaïda ou ne compromettraient-elles pas plutôt, plus en amont - qui sait ? - le régime wahhabite des Sa'ûd en Arabie ? Si tel était le cas, on imagine sans difficulté la gêne qu'éprouverait plus d'un gouvernement de la grande coalition antiterroriste. Et le "terrorisme", précisément, sera-t-il toujours combattu avec le même zèle, partout dans le monde, ou bien y a-t-il des terrorismes plus acceptables que d'autres, comme celui que pratique impunément aujourd'hui, par exemple, l'Etat d'Israël et pour lequel l'amnestie-amnésie semble acquise sans aucune possibilité d'appel ?

Rien n'a changé depuis le 11 septembre.
Selon sa logique implacable et bien connue, la violence appelle inéluctablement, sans surprise, la violence. Ce qui nous choque aujourd'hui, c'est son visage de terreur et le fait qu'elle peut frapper partout, surtout chez nous, sans avoir à s'annoncer. Elle nous projette dans une horreur extrême, gratuite, aléatoire et incompréhensible. Il est cependant hypocrite et malhonnête de ne la définir qu'en termes de bombes volantes, de kamikazes et de destructions aveugles. Pour des centaines de millions de personnes, qui ont la malchance de vivre du mauvais côté de la fracture, la violence n'a rien d'aléatoire, de gratuit ou d'incompréhensible : elle s'exprime au quotidien, jour après jour, ici par l'oppression économique, les spéculations financières, la corruption ; là-bas, par la non-liberté d'expression, le non-accès aux soins élémentaires et à l'éducation... Autant d'injustices criantes si nous avions à les subir, paradoxalement tellement banalisées quand il s'agit de la survie de tous les jours de personnes vivant à l'autre bout de la planète...

Ce terrorisme-là est silencieux, mais bien plus meurtrier et, si nous n'en sommes pas pour autant tous complices - quoique la question mérite d'être posée -, nous en sommes néanmoins tous les spectateurs. Nous serait-il supportable de voir notre voisin de palier mourir de faim ou encore se faire agresser sans lui porter secours ? Bien sûr que non. Alors pourquoi, dans un monde chaque jour plus étroit, tolérons-nous pareille agonie pour nos frères humains?

Sommaire
Les enfants soldats (Thème)
L'Asie centrale (International)
Les indicateurs du développement
(Opinions)
Pauvreté rurale et Banque mondiale (Confrontations)
Le cinéma africain (Cultures)
Une information
indépendante
a un prix !

9 euros
( pour un an - 4 numéros )

Abonnez-vous!


Retour au dernier numéro en ligne