L'affaire Pinochet, il y a peu, avait déjà pas mal remué les consciences et le ronron du droit international et de la diplomatie en général.
Aujourd'hui, alors que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) d'Arusha s'enlise dans d'interminables procédures et qu'il est de plus en plus contesté quant à son efficacité malgré les énormes moyens dégagés, la Belgique a su mener à bien son propre procès rwandais, sachant éviter les écueils et les embûches, cependant nombreux dans cette délicate affaire.
Ce procès ne fut pas celui du génocide, mais celui de quatre citoyens, inculpés pour des crimes bien précis. Ce ne fut ni un procès politique, ni une grand-messe expiatoire. Et ce fut un procès équitable, respectant les droits des accusés selon des règles, probablement perfectibles, mais justes et strictes.
La démonstration a ainsi été faite - à Bruxelles - que la justice peut se rendre même très loin du théâtre des crimes, au-delà de la nationalité des auteurs et de celle des victimes et, de fait, qu'elle peut être rendue avec la même rigueur partout dans le monde, par d'autres Etats, d'autres juridictions. Ce devoir d'ingérence vis-à-vis des violations graves du droit humanitaire bouleverse les vieux principes de territorialité et de souveraineté des Etats. Maintenant, aucun criminel ou tortionnaire ne sera plus jamais à l'abri nulle part. C'est un fait sans précédent, une formidable avancée du droit international.
Notre pays a joué un rôle novateur et pionnier et peut être considéré aujourd'hui à la pointe sur le front des droits humains, ce qui l'a propulsé à l'avant-scène en matière du droit universel. Rien de surprenant dès lors que d'autres victimes fassent appel à sa justice. Mais, étonnamment, quand une plainte pour crimes contre l'humanité est déposée contre le Premier ministre israélien, M. Sharon, le monde politique (et diplomatique) - pratiquement à l'unisson - trouve soudain nos belles lois perfectibles (celles de 1993 et de 1999 qui, explicitement, ne prévoyaient aucune sorte d'immunité pour de tels crimes)...
Par la nature même de l'accusation - la responsabilité de M. Sharon dans les massacres de civils palestiniens ( y a-t-il faits plus graves que celui de crime contre l'humanité ?) -, peut-on moralement encore invoquer la règle de l'immunité du seul fait qu'il s'agisse d'un homme d'Etat en fonction pour déroger à l'ouverture immédiate d'une instruction, certes embarrassante?
Alors, un vent de justice ou juste une bourrasque passagère?