EDITORIAL
Numéro 11-Trimestriel
Décembre 2000
Janvier -
Février 2001


Communautariser la Coopération?

par Eddy Pennewaert

La déclaration gouvernementale d'octobre dernier annonçait le transfert, à partir de 2004, de la Coopération vers les régions et les communautés à la plus grande surprise de tous les intéressés, le secrétaire d'Etat en tête. Incroyable, et pourtant vrai! On osait nous resservir ce vieux remake communautaire éculé. Tout le monde y est allé de son couplet : politiciens, ONG et médias, mais le débat fut éphémère et vite enterré.

Et pourtant. Il ne s'agissait là aucunement d'un de ces pétards mouillés dont une certaine classe politique use et abuse pour occuper la scène: l'accord est bien là, et d'ailleurs, de sources sûres, les états-majors politiques y travaillent déjà en coulisses et le Sénat nous prépare même une commission sur la question. Il semblerait toutefois que la prudence soit de mise, car un grand débat, avec tous les intéressés cette fois, conditionnera la décision finale. Il faut se rappeler que le secrétaire d'Etat à la Coopération, M. Boutmans, l'effet de surprise passé - soutenu depuis par une majorité d'acteurs et, le fait est assez rare pour être souligné, par son ministre de tutelle, M. Michel-, n'a pas ménagé ses efforts pour démontrer les dangers d'une telle aventure.

L
'idée, pour le moins incongrue, de communautariser la coopération n'est pas vraiment un scoop. En leurs temps, les ministres Geens, Moreels et consorts avaient déjà pas maloeuvré en ce sens à coup de réformes successives. Achevons le travail, se sont dit certains, espérant ainsi mettre enfin la main sur cette manne encore fédérale. Manoeuvre tactique et politicienne ? Certainement. Mais aux francophones qui se réjouiraient de ce transfert qui, il est vrai, réajusterait s'il y avait lieu la répartition des moyens et des subventions, rappelons que, même régionalisée, la Coopération fonctionnera grosso modo selon l'actuelle clé de répartition 40/60. Ni plus, ni moins. Par contre, régionalisée, la Coopération risque surtout d'être subordonnée au commerce extérieur. Et gageons dès à présent que les «barons» du régionalisme ne manqueront pas d'exercer leurs exécrables pratiques clientélistes dans le sillage de nouveaux «éléphants blancs»(1).

Au-delà du petit jeu belgo-belge «je te tiens par la barbichette», posons-nous la seule question valable: la coopération et, in fine, les bénéficiaires, qu'auront-ils à gagner? Ce transfert affaiblira et diluera nos actions et de surcroît déforcera notre position auprès de l'Europe, des institutions internationales et des pays du Sud. Quant à la coordination, car il en faudra bien une, elle fera les choux gras des carriéristes politiques et de la bureaucratie, certainement pas ceux de la solidarité.

(1). Gigantesques projets fantômes ou inutiles de la Coopération belge ayant servi à dissimuler des opérations de corruption et de détournement de fonds dans les années quatre-vingt et nonante.

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